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Saturday, February 16, 2008

Rock la Casbah, le livre, enfin sorti!!

photo: source Internet. Si cette photo est à vous et vous voulez la retirer ou la légender, contactez kelma.
Rock la casbah, le livre: Rachid Taha "se livre" et nous met à table!
(par kelma)
Comme promis, la biographie de Rachid Taha, "Rock la Casbah" (Flammarion, collection Pop culture) est sortie, pour toucher les coeurs, le lendemain du jour de la Saint Valentin!

Par "Rachid Taha avec Dominique Lacout", nous dit la couverture! Le bouquin est donc le produit de deux plumes: celle d'un "nègre"- Dominique Lacout, auteur d'ouvrages sur Léo Ferré (Je parle pour dans dix siècles, Chanson du bien-aimé), Bernard Lavilliers (Itinéraire d'un aventurier) et Jean-Edern Hallier (La mise à mort de JEH) - càd quelqu'un qui devait parvenir à écouter et à reproduire les dires de Rachid en leur laissant l'empreinte voulue par ce dernier, et celle de l'objet de la biographie: Rachid Taha lui-même. Les souvenirs et déclarations de l'artiste semblent en effet non seulement fidèlement retranscrits de l'oral entendu par Dominique Lacout, mais constamment entrecoupés de "poésies" écrites par Taha. Ces textes "poétiques" vont et (re)viennent dans le texte de la mémoire, un peu comme des chansons, un peu, disons ... comme ... les refrains dans les chansons, et je dirais même ... un peu comme dans les chansons de l'auteur (mais ceci est un message pour ceux qui les connaissent bien).

Cependant il serait erroné, je pense, de voir dans cette structure un seul effet musical, car le livre va bien au-delà de la métaphore "auto-référentielle" et de la simple biographie! En effet, les "poésies" en question (ou que l'on perçoit comme telles) tantôt soulignent (illustrent, illuminent) un paragraphe, tantôt rapprochent une nouvelle déclaration d'une précédente déjà renforcée ailleurs, dans le livre, par le même "poème" - quoique parfois sous une forme légèrement différente. Et le résultat est surprenant: un récit qui fonctionne comme une véritable "gifle" de dialogue dialectique typique des sessions de poésie slam, sauf que, vu qu' il s'agit ici d'un livre et non d'un spectacle ouvert à la participation de tous, c'est Rachid qui parle avec lui-même, se répond, se dévoile, raconte, déclame, en bref, a cappella tout seul, et nous secoue, par la même occasion, nous qui sommes son public, à qui il offre dans ce show très spécial sa voix écrite, finalement ouverte à tous! A propos de "poésie slam", Rachid Taha avait déjà pré-annoncé son goût pour ce genre lors de deux prestations journalistiques interactives (à Respect Mag et à Télérama en 2007) et lors d'un droit de réponse publié dans le forum de son site officiel. Ces créations sont inclues dans le livre.

C'est ainsi que Taha "se met à nu"- comme il le dit lui-même - en répondant, spontanément en quelque sorte, à la plupart des questions que vous avez toujours voulu lui poser. Une jolie façon pudique, rebelle et conviviale (trois caractéristiques indéniables de la personnalité de l'artiste), non seulement de livrer de la matière à qui a demandé de savoir et de connaître, mais aussi de partager une certaine sagesse tout en restant, entre-les-lignes, un peu caché et donc fidèle à ce qu'il a toujours fait. Le livre se clôt, ce n'est par un hasard, sur trois listes (les livres, films et disques que le chanteur a aimés): autant de pistes pour approfondir, sur notre chemin individuel, ce que l'écriture entrecroisée de Rock la Casbah nous a fait entrevoir en nous mettant à table avec deux auteurs qui ont la même passion pour les bons vins et un certain art culinaire, composé, amalgamé, construit, mais naturel et sensuel, proche du récit qu'on vient de lire en fait**!

* voyez nos posts à ce sujet.
** voir par Dominique Lacout: Carnet d'un amateur de vins, La Bible des Gourmets, Le livre noir de la cuisine. Lien FNAC vers les ouvrages de cet auteur.

kelma
Pour en savoir plus:

Thursday, July 26, 2007

Dites 33!



Maintenant que Respect Mag vient de passer à un nouveau numéro, je vous scanne le "Dites 33" de Rachid réalisé pour le Mag d'avril-juin (je vous en parlais ici): on y trouvait aussi un bel entretien. N.B: Cliquez sur l'image pour la voir en grand! Et n'hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez...

Now that Respect Mag has released a new issue, I'm scanning Rachid's "Dites 33" (="Say 33"... n.d.r: that's the sentence a patient has to utter in French when going to a doctor who is looking into your throat made up for the former april-june Respect Mag issue (see here), where there was one nice interview of him too. Click on the image to read it full size (in French)! Here is a fast translation:

"When an artist is trying to be a poet for Respect Mag,

it becomes Dites 33 (Say 33), a medical prescription by Dr. Rachid Taha:

In the little game of life,

There is cinema, there is painting, there is art,

There is charm,

Dites 33 (Say 33),

There are men and women of all different colours,

There are some rare stars,

And no one that wants to be put into an aquarium,

Dites 33 (Say 33),

For that, there is not much to do:

One just has to be Respect

Able.

Dites 33 (Say 33)."

Saturday, April 21, 2007

Respect Mag chez Rachid

Rachid Taha par Pierre Terrasson copyright

Respect, numero 14
Rachid Taha a reçu chez lui Respect Mag qui lui consacre du coup une double page dans son numéro 14 (avril-juin 2007): il s'agit du récit d'un long moment passé chez lui, au milieu de ses disques, ses DVD... et tout ce qui compose son univers. Anecdotes, coup de coeur et coup de gueule à la clé ! A lire également : un poème écrit spécialement par l'artiste pour le mag. Ci-dessous un avant-goût de l'interview qui provient du site du magazine, pour en savoir déjà un peu plus sur Mr.Taha. Pour le reste, il vous faudra acheter le mag!

Quelques heures avec... Rachid Taha! ... c'est le titre!
"Quand Rachid Taha ouvre sa porte à Respect Mag, ce n’est pas pour se raconter une énième fois, mais pour laisser parler son univers. Musique, peinture, ciné… « Et ça, tu connais ? » Une histoire d’envie de partager, d’invitation à épanouir ses multiples facettes. Fidèle à d’où l’on vient. Curieux d’aller plus loin.

« Un mec comme on n’en fait plus », m’avait-on prévenue. Pourtant, avec ses airs canailles, son franc-parler, sa façon de se foutre des convenances et d’avancer, Rachid Taha a de quoi déstabiliser. Scotchant sur scène de présence et d’énergie rock, l’animal se révèle complexe : tour à tour fin et enfantin, corrosif et charmeur, politique et poétique, rebelle et midinette. Certains le trouvent borderline. Et s’il était out of borders ?

Car oui : Taha aime Johnny Cash, Joe Dassin, The Clash. Du rock’n’roll de Roy Orbison au trash métal de Rob Zombie, l’ami Rachid joue les DJ, écoute, farfouille, exhume des trucs oubliés. Variétoche, standards orientaux, musique cambodgienne, compositions persos, opus électro… À ce stade, ce n’est plus du métissage, mais de l’universalité ! « Mon truc à moi, c’est faire le lien, estime-t-il. Entre les genres, entre les gens. Tu sais ce qui unit les Pieds-noirs et les Américains ? L’Alsace et la country ! Beaucoup de Français partis s’installer en Algérie en 1872 venaient de l’Est, comme les Luthériens émigrés aux USA au XVIIe siècle. Et le chaâbi ne serait pas ce qu’il est sans le banjo débarqué à Alger en 1942 avec les alliés ! »
Au mur, un portrait géant de Franz Fanon. « Entièrement réalisé en papier collé par un de mes amis. J’adore l’art, ça m’amuse. Tout peut être œuvre d’art ; c’est juste une question de regard. » Lui-même peint, sculpte, écrit des nouvelles. « On est là pour faire ! En France, les gens s’enferment souvent dans des postures intellectuelles. Être gai, populaire, c’est suspect. Tous les peuples chantent, célèbrent la joie et l’émotion, les Français gueulent, font des manifs. Ici on aime les idées, pas les actes. D’ailleurs, liberté, égalité, fraternité est un slogan publicitaire ! » Le genre de discours qui fait parfois grincer : « Si Monsieur n’aime pas la France… » Contresens ! C’est parce que la République lui est chère qu’il la secoue. Et qu’il dénonce ses travers. « Comment veux-tu inculquer des valeurs de respect et expliquer ce qu’est l’antiracisme quand tu donnes à des lycées les noms de ce misogyne de Brel, qui côtoya Paul Touvier, ou de Trenet, qui déclara que les Noirs étaient tous des enfants ? »
Pour exprimer ses combats, secouer les préjugés, bousculer les conformismes, Rachid Taha a choisi la création, le plaisir, la fantaisie. « Arrêtons de nous prendre la tête ! Je peux te pondre un album tous les trois mois, un par jour si tu veux ! » Diwân 2 à peine sorti, le voilà déjà en train de stocker quelques petits bijoux pour Diwân 3. La tête dans la musique de John Fogerty, Leïla Mourad, Public Enemy, il planche sur un disque aux confluences du folk américain, du rock et du chaâbi. Tout en caressant l’idée d’adapter les textes du poète perse Omar Khayyam (XIe siècle). « J’aimerais aussi réunir différents artistes –de Robert Plant à Raphaël en passant par Damon Albarn (Blur, Gorillaz), Mick Jones (The Clash), Têtes Raides ou Daniel Darc– pour un album collectif sur le thème de la paix entre Israël et la Palestine. C’est important, non ? T’en penses quoi ? » Du pur Taha."
Réjane Éreau

Monday, February 26, 2007

Taha impro slam et cuisine session

Rachid Taha... cuisine!

Cool Repérables en Internet pour le download les videos avec les impros musicales et poétiques de Rachid publiés par Télérama, que nous signalions début de ce mois. - You can find on line the video's with Rachid's poetical and musical improvisations published by Télérama, we mentioned at the beginning of the month.

Je vous donne les liens- Here are the links:



Pour visionner les videos sur votre ordindateur, vous pourriez avoir besoin de télécharger Videolan : voici le lien. - to watch the video's on your pc you might need to dowload Videolan of which I'm giving you the link.

love

kelma

Friday, February 09, 2007

En couverture de Télérama

Benoît Péverelli pour Télérama

Rachid a été dernièrement en couverture de Télérama avec la photo reproduite à gauche. Voici l'article en question où l'on découvre un Rachid Taha moins militant qu'avant et plus enclin à parler de lui-même. En cadeau deux videos originales dans lesquelles Rachid récite des textes inédits !

“La France est un pays de plus en plus féminin”

Sa déception face aux années Mitterrand, ses colères – injustices de l’immigration, soumission des femmes… Rencontre avec un chanteur au verbe mûri et incisif.
Corps sec et voix écorchée, le verbe iconoclaste et l’œil incendiaire, Rachid Taha allume tous les feux. Et ne les éteint plus. A 48 ans, celui qui fut le premier à conjuguer rock et raï, à mixer rageusement tous les styles, nous conduit avec panache sur des sentiers d’infinies libertés. Tolérance. Insolence. Il en fallait pour résister à la douleur de l’exil, aux humiliations de l’émigration. Mais l’ex-leader du groupe lyonnais Carte de Séjour (1982-1989), le rebelle écorché vif n’a peur de rien. Surtout pas de dénoncer la condition des musulmanes (Zoubida, en 1981), d’orientaliser Charles Trenet (Douce France, en 1986), d’imposer le premier tube en arabe (Ya Rayah, en 1998), ou de revisiter sans fin la musique de son enfance (Diwân 1 en 1998 et Diwân 2, qui vient de sortir). Adoubé par les plus grands musiciens anglo-saxons – Brian Eno, David Byrne – artiste jusqu’au bout du cœur, l’homme a des fulgurances, des extravagances que beaucoup admirent et redoutent tout ensemble

A l’étranger, en Angleterre notamment, vous êtes une star, en France un peu moins. Pourquoi ?
Les Arabes continuent de faire peur. Les Noirs, eux, ont plutôt de la chance : ils ont l’image d’athlètes rigolos, bons danseurs, grands baiseurs, ils ont même des héros dans les séries américaines… Ici, beaucoup de Français n’ont toujours pas digéré la guerre d’Algérie. L’Arabe inquiète. On ne peut pas se fier à ce fourbe, potentiel terroriste, fils de fellagha qui peut vous égorger pour rien…

Vous n’exagérez pas un peu ?Nous vivons de plus en plus dans des ghettos communautaristes. Je viens de faire un concert à Lille à l’initiative du KO Social, le mouvement festif et contestataire lancé par les Têtes Raides en 2004. Eh bien, dans la salle, il n’y avait ni beurs ni blacks, rien que des gentils petits-bourgeois blancs. J’avais l’impression qu’avec Jean-Louis Aubert et les autres nous étions des vétérans du combat militant, aussi ringards que les vieux yé-yé en tournée qui enchantent actuellement la France. Pire : après le concert, j’ai voulu amener une spectatrice saluer les autres artistes et le videur ne m’a même pas laissé entrer. Il a fallu qu’Aubert vienne me chercher. J’en ai pleuré. En ce moment, je vis mal ce genre de situations. Même si elles sont pires pour les jeunes beurs anonymes. La situation s’aggrave.

Pourquoi ?

Parce que les gens deviennent analphabètes ! Et quand on est dans l’ignorance, on se ferme, on devient méchant, raciste… L’autre jour, j’entendais Guy Bedos déclarer chez Ardisson à la télé qu’il ne pouvait supporter le président iranien, « cet Arabe ». Il a fallu qu’Ardisson lui explique qu’Amadinejad était perse, et que ça n’avait rien à voir. « Tous les mêmes ! » a pourtant ricané Bedos… C’est ça, la gauche éclairée ? Quand j’entends Ségolène Royal et Sarkozy, j’ai l’impression d’une famille de ventriloques. Ils disent la même chose. Au moins, nous devons à Sarkozy la fin de la double peine, et je pense qu’il accordera le droit de vote aux immigrés, comme il l’a évoqué… Je suis de gauche. Mais il faut bien reconnaître que la gauche est en partie responsable de ce qui se passe. La génération des 25 ans qui ne trouve ni boulot ni logement dès qu’elle mentionne un nom aux consonances maghrébines, ces jeunes beurs diplômés qu’on embauche davantage à Londres ou à Dubai qu’à Paris, ils ont grandi sous Mitterrand ! Il n’y a pas seulement un problème de cités ; il y a le problème de toute cette jeunesse de France qu’aucun gouvernement n’est parvenu à intégrer, et qui désespère. Prenez la fameuse Marche des beurs, de Marseille à Paris, dont je m’étais pas mal occupé en 1983, du temps de mon groupe Carte de Séjour. Elle a été très tôt récupérée par les têtes pensantes de SOS Racisme et de Touche pas à mon pote. Rien que ce slogan ! Moi, justement, je voulais qu’on y touche aux potes, qu’on les serre dans nos bras.

Vous militiez alors davantage qu’aujourd’hui.

On ne peut plus militer comme avant.

Pourquoi ?

Parce qu’on ne peut plus faire de barricades dans un pays où les philosophes travaillent à la radio quand ils ne sont pas speaker à la télé. C’était autre chose avec Derrida (j’aimais ses yeux qui vous regardaient en face, il me disait toujours, lui le juif d’El-Biar, qu’il était avant tout algérien !) ou encore Deleuze, dont j’ai imité l’abécédaire… en arabe. Maintenant la seule « barricade » qu’on ait, c’est paradoxalement la télé. Il faudrait la sortir et s’asseoir dessus. Je préfère militer à travers ma musique.

Diwân 2 est un disque militant ?

C’est une sorte de cours d’histoire à l’usage des immigrés de la troisième génération… et de tous les Français. J’ai réalisé un jour combien mon propre fils connaissait mal son héritage culturel. Alors j’ai voulu lui constituer une sorte d’encyclopédie musicale qui rende hommage aux plus belles voix orientales. On ne peut s’ouvrir à l’autre qu’en ayant une conscience forte et épanouie de son identité. Je ne me sens pas victime, j’ai même horreur des martyrs, de ceux qui se complaisent dans la plainte. Une victime, c’est un cadavre. Or il faut avancer. Et avant de dénoncer le racisme, on a nous-mêmes, les Arabes, beaucoup à balayer devant notre porte.

C’est-à-dire ?

Et notre racisme envers les femmes ? La soumission à laquelle la famille et un islam mal compris les contraignent, l’obligation du voile ! Tant que les femmes restent asservies, la démocratie ne peut exister. Prenez les mariages arrangés, qui demeurent la règle chez nous. Quand il n’y a pas d’amour au départ, quand le géniteur est trop souvent un violeur, les mères ne peuvent se réfugier que dans leur foi et tombent amoureuses du premier homme doux avec elle : leur fils aîné ! Du coup, elles surinvestissent sur lui, mettent leurs filles éventuelles au service du grand-frère, en font un macho. Et parfois même un intégriste tant leurs relations sont sublimées : pour le fils, la mère si dévouée, si pieuse est devenue une sainte, dont il se rêve le prophète.

Vous êtes un « premier » fils ?

Non, le deuxième. Mais l’aîné est mort enfant. De toute façon ma mère m’a eu à 15 ans et je ne l’ai jamais appelée « maman », mais Aïcha. Ça m’a aidé à trouver très jeune « un meilleur couscous que celui de ma mère », comme on dit chez nous… D’autant que j’ai toujours adoré les femmes. A 10 ans, j’en paraissais 8, et Aïcha m’amenait avec elle au hammam ; les femmes y chantaient des chansons coquines, ma mère aussi… J’ai grandi au milieu d’elles – ma voisine, ma cousine… – dans un mélange absolu de bonheur et de souffrance. Souffrance parce qu’il n’y avait, hélas, aucune mixité : les femmes de là-bas restent entre elles, à la tâche. Les hommes sont ailleurs. Les pères absents.

Quelle enfance avez-vous eue ?

D’abord une enfance choyée à Oran, et dehors, dans la rue. Jusqu’à l’âge de 10 ans, en 1968. Mon père voulait qu’on ait une bonne éducation, à l’européenne : on était la seule famille du quartier à avoir une table haute pour manger, et pas basse comme les autres… J’ai été aussi quatre ans chez les bonnes sœurs, j’étais même premier en catéchisme. Mon père, qui avait dû émigrer en France pour trouver du boulot – mais ne pouvait vivre sans nous –, nous a ensuite fait venir en Alsace où il travaillait dans le textile. Double exil ! Il y avait le froid, la neige et une langue alsacienne que je ne comprenais pas. Terrible. Et puis l’usine de mon père ferme, et nous voilà dans les Vosges, à Lépange-sur-Vologne ; j’ai dû aller à l’école avec les Villemin… Je déteste la campagne, j’ai peur dès que ça n’est pas éclairé. Heureusement en 1977, le fils du maire de Lépange m’embarque vendre avec lui des encyclopédies médicales au porte-à-porte. Je me retrouve avec une bande de jeunes représentants de toutes les nationalités, j’apprends à faire du commerce grâce à la tchatche. Et mes parents partent bosser à Lyon…

Une éducation de petit chrétien ?

Dire que je ne suis pas musulman serait mentir. Mon père est allé à l’école coranique, maîtrisait le Coran ; j’en ai beaucoup parlé avec lui, et avec mon grand-père. C’était une façon de partager avec eux, d’être un homme. Et d’apprendre, aussi : j’ai toujours eu cette soif-là ; sans ça, on est rien. Mais du coup, je ne vois plus de différence radicale entre religions chrétienne et musulmane : elles reposent chacune sur le respect de l’autre, la bonté, la générosité. Mes parents ne m’ont jamais enseigné la haine, mais la tolérance… Je lis un peu le Coran, c’est subtil, plein de poésie ; seulement, il n’est pas donné à tout le monde de le comprendre, il y a beaucoup de charlatans.

Et la musique ?

J’y arrive par hasard. En 1979, je travaille à l’usine Thermix de Lyon, et j’y rencontre deux frères – Mohamed et Mokhtar Amini – qui jouent de la guitare. Je leur raconte que je suis percussionniste, alors que je n’avais tapé que sur des casseroles ; ils m’invitent dans leur grenier. Comme j’écrivais des poèmes, je chante… Notre ambition, alors, n’était pas de devenir rock stars, juste de gueuler ce qu’on avait sur le cœur. C’était l’époque des lois Stoléru et Bonnet, qui stoppaient l’immigration, renforçaient les expulsions, favorisaient les retours au pays des Maghrébins avec 10 000 balles de prime ! C’est pour ça qu’on a appelé notre groupe Carte de Séjour. Je l’ai dissous en 1989, lors d’une tournée à Berlin, au moment de la chute du Mur. Il faisait encore un froid de canard. Dans la rue, on voyait les gens mettre des bouts de mur dans des plastiques… pour les vendre ensuite. Nous aussi, Carte de Séjour, nous tombions en morceaux, nous étions devenu un phénomène social, nous tournions en rond.

Avec de beaux moments de bravoure et de scandale…

Oui, comme Zoubida, en 1981, une chanson qui dénonçait le mariage forcé chez les musulmans ; ou Douce France, en 1986, qui reprenait de façon orientale le grand tube de Charles Trenet, manière de dire que nous existions aussi…

Une attaque d’un côté, de l’autre…

On ne sait jamais où je suis, qui je suis. Autant fasciné par le rock anglais pur et dur que par les chanteurs populaires arabes, par la soul que par le punk, par la musique électronique que par le raï. Ami de Patrick Juvet comme de Brian Eno, de Demis Roussos comme de Patti Smith. Plutôt pudique et timide au fond. Mais fou de Jean Genet – le plus arabe des écrivains français – et incollable sur les westerns de John Ford. J’ai toujours aimé les métissages. Dès l’enfance.

Comment ?

Par le cinéma ! Gamin, j’allais voir tous les films qui passaient à Oran. C’est-à-dire en priorité des films indiens de Bollywood, des nanars rock d’Elvis Presley et des comédies musicales égyptiennes. Mais comme la plupart des jeunes Algériens, je n’aimais pas beaucoup les artistes égyptiens comme Oum Kalsoum ; ils chantaient un arabe classique que nous ne comprenions pas, et cette langue-là qu’on parlait à la télé, aux infos, nous semblait synonyme de pouvoir. Elle symbolisait une hégémonie culturelle égyptienne que nous refusions. Les Egyptiens, c’étaient nos Américains à nous…

Face aux grands puissances arabes « amies », vous ne semblez guère orthodoxe…

Les pays arabes sont pour moi en partie responsables de ce qui se passe au Proche-Orient. Combien de fois j’ai fait des concerts en Palestine, alors que la plupart des interprètes arabes se voyaient interdire toute participation par leur gouvernement ! Car la Palestine fait peur. C’est un pays réellement démocratique, ce que ne sont pas les autres pays arabes qui ont tout intérêt, du coup, à ce que perdure la guerre avec Israël… Pour ça, ils entretiennent la haine. Vous savez qu’on n’enseigne guère l’Holocauste aux petits arabes, de peur qu’ils détestent un peu moins les juifs… Or moi, je maintiens qu’un pays sans forte communauté juive est un pays où la démocratie risque de mourir. Parce qu’ils savent discuter, réfléchir sans fin, ça fait partie intégrante de leur étude du Talmud, c’est inscrit dans leurs gènes… En France, on a Robert Badinter, Simone Veil ; mais en Algérie, aujourd’hui, qui y a-t-il encore ? On a chassé les juifs lors de la décolonisation. Et le pays est devenu une dictature.

Vous y êtes retourné en mai 2006.

Je n’y avais pas remis les pieds depuis 1989 ! J’avais trop de colère contre ce pays qui n’avait pas été capable – malgré ses richesses – de nourrir son peuple, qui avait obligé des gens comme mon père à émigrer, à être humilié à l’étranger, à y subir des douleurs énormes. Jusqu’à n’avoir même plus la force de revenir. C’est fini la « culture du retour », le temps où on achetait des postes de télé en gardant les cartons, pour les rapporter en Algérie. Maintenant, on les jette d’emblée car personne ne veut retourner là-bas. Tous les gamins qui y vivent n’ont d’ailleurs qu’une idée : partir ! Et ceux du 93 qui débarquent aux vacances voir leur famille dans leur belle bagnole se comportent d’ailleurs en vrais colons. Alger, c’est leur Saint-Tropez de pauvres…

Vous êtes dur…

J’en ai marre qu’on nous infantilise et qu’on se laisse infantiliser. Comment a-t-on pu se réjouir qu’après la sortie du film Indigènes le gouvernement ait enfin annoncé une revalorisation des pensions des anciens combattants africains de l’armée française ? Cette injustice durait depuis… 1959 et c’est honteux qu’il ait fallu un film pour y remédier. Pire : qu’on croit nous apaiser avec une petite allocation, quand par ailleurs on ne donne même pas de visas pour revenir en France aux anciens combattants qui sont rentrés en Algérie.

Que faire ?

Donner du boulot aux pères des cités pour que les fils ne les retrouvent pas affalés devant leur télé quand ils rentrent de l’école. Comment croire possible, après, de s’en sortir ?

Pourquoi chantez-vous ?

Pour faire aimer Dieu même s’il n’existe pas.

Comment faites-vous ?

J’écoute. Tout le temps. Tout. Je suis un receleur. Je récupère tout ce que j’entends. Je rythme et je chante dessus. Je bosse tout le temps. Je peux chanter, slamer dix-sept heures de suite sans m’arrêter. Abd Al Malik, je le prends quand il veut. J’aime les mots, la voix, les voix. Je ne peux pas m’endormir sans en écouter une. Radio ou DVD. Je me passe en boucle, par exemple, Si Versailles m’était conté ou La Poison, de Sacha Guitry. Il n’y a plus de voix comme Michel Simon ou Pauline Carton.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a plus de culture. Les gens ne lisent plus, ne pensent plus. Il y a un rythme ultra-rapide de l’élocution, de la parole qui correspond à l’absence de choses à dire. Genre, « Tékitoi ? ». Du coup, il n’y a plus de voix. Ou toujours la même… Je rêverais d’écrire un opéra, ou au moins une comédie musicale. J’y travaille en ce moment. Un livret autour d’une fille qu’un harki a eu d’une juive ashkénaze…

On est loin du rock de vos débuts ?

Pas du tout. Je reste rock, hard rock même. Metal ! Mick Jagger me gonfle, je préfère Marilyn Manson… Le rock c’est surtout une attitude : prolo, naïve, humaine. Edith Piaf était rock, Johnny Hallyday est rock, même s’il n’a jamais fait un seul disque rock. Juste de la varièt… On est pas rock en France. Chez nous, c’est plutôt chansonnette, accordéon, Bénabar et Obispo. Mais j’adore la France.

Pourquoi ?

Parce que c’est encore un vrai pays démocratique qui s’est construit sur un beau slogan publicitaire : Liberté, Egalité, Fraternité. Et puis les femmes y sont plus belles qu’ailleurs ; le photographe Helmut Newton le disait, et c’est vrai. La France est d’ailleurs un pays de plus en plus féminin, homo même.

… ?

Vous n’avez pas remarqué comme on s’embrasse ici ! Pour un oui, pour un non. C’est le côté arabe de la France. C’est déjà un début… "

Propos recueillis par Fabienne Pascaud (TELERAMA).
Avec l'entretien, deux videos en ligne et en pod-cast:

Tuesday, January 17, 2006

Texte de Taha dans le Monde2: photo, translation, traduccion

Vu qu'il est très difficile pour nous tous éparpillés sur la planète de nous procurer Le Monde2 Spécial annoncé il ya quelques jours, voici la photo de la petite collaboration de Rachid dans ce magazine pour l'occasion: attention, ça va vous remuer dans un sens auquel vous ne vous attendez pas, même si avec l'artiste on ne sait jamais ni où s'arrêtent les jeux de mots ni où ils commencent! Fans éplorées du monde entier Crying 2 , aaaaccrochez-vous (lol!)!

Photobucket - Video and Image Hosting

As for us spread about on the planet it is kind of difficult to find that Le Monde2 - Special issue - announced some day ago, here is the picture of the text written by Rachid as a guest contributor for that edition: watch out, it's overwhelming in an unexpected way even if the artist never gives parameters for the audience to understand where his jokes begin or stop! Weeping fans of the world Crying 2 , haaaang on (lol!)! Here is the translation into English:

nvelobs_extrait

"I'M INVITING YOU TO MY MARRIAGE.
I think that "Le Monde 2" is not very reasonable to ask me for one good motive for being optimistic in 2006. It's even, I think, a very perverse question, or, as my grand father would have said a silly (ndt:"maboul": crazy in arabic) question. As I'm a somewhat heartful person and because of my age, you are wrong to ask me such a question. But as I am no State man, no judge, no psychiatrist, but mad, I'm gonna answer. I'm inviting you to my marriage. And you are going to understand why I do behave like that. If I am wrong, it means I am not in the truth, so put the blame on me! I'm gonna surprise you, in the end that's what you wanted, in 2006, I promise, I will be the king of all optimistic people!"
---
and here is the one in Spanish (gracias aran!)

"YO OS INVITO A MI BODA
Yo creo que “Le Monde 2” no es muy razonable al pedirme un motivo de optimismo para el año que comienza. Es mismo una pregunta perversa incluso como habría dicho mi abuelo, bastante “maboule = tonta”. Como yo tengo un poco de corazón y debido a miedad, estáis equivocados al hacerme preguntas así. Pero como yo no soy ni jefe de Estado, ni juez, ni psiquiatra sino UN LOCO, os voy a responder que os invito a mi boda. Y vosotros comprenderéis por qué me
comporto así. Si me equivoco, es que no estoy en lo cierto y hundidme. Os voy a SORPRENDER, vosotros lo habréis deseado en 2006. Prometido, seré el rey de los optimistas."
kelma

Sunday, January 15, 2006

Spécial Le Monde avec Rachid Taha comme collaborateur spécial!

Le Nouvel Obs informe (if you click on this link, the Nouvel obs site proposes a translation of the announcement below):

"LE MONDE 2, Edition spéciale pour la 100e
NOUVELOBS.COM 13.01.06 09:22

Le supplément magazine hebdomadaire du quotidien Le Monde sort ce vendredi une édition spéciale pour célébrer son centième numéro. [Rappelons aux lecteurs que Le Monde et Le Nouvel Observateur sont actionnaires l'un de l'autre, au niveau de 6% pour Le Monde et de 5,5% pour Le Nouvel Observateur, et que Jean-Marie Colombani est administrateur du Nouvel Observateur.]
Le Monde 2, supplément magazine hebdomadaire du quotidien Le Monde, sort vendredi 13 janvier une édition spéciale (datée du samedi 14 janvier) pour célébrer son centième numéro.

Lancé le 17 janvier 2004, Le Monde 2 a convié "cent personnalités et photographes", célèbres ou non, dans les colonnes de ce centième numéro et leur a demandé "un texte ou une image mettant en scène une raison d'être optimiste en 2006", selon un communiqué.

Parmi ces "collaborateurs occasionnels" figurent le designer Philippe Starck, le cardinal Philippe Barbarin, l'acteur Michel Piccoli, le sociologue Edgar Morin, le chanteur Rachid Taha, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer, l'astrophysicien Hubert Reeves, la comédienne Marianne Denicourt, la cantatrice Nathalie Dessay, la présidente du Medef Laurence Parisot, le dessinateur Cabu, ou encore les photographes Céline Anaya Gautier et Stefano de Luigi."

Vous savez ce qu'il vous reste à faire!
kelma

Thursday, August 11, 2005

Official reply by Rachid Taha to controversy about his Villanova concert.

Guernica by Picasso
A mention for Rachid's fans: there is a text written by Rachid entitled Guernica on his French official forum. The text refers to the presence of a kid invited on stage by Rachid whom you can see at this post of ours.From there, the controversy...
Avis aux fans de Rachid: il y a un texte de Rachid intitulé Guernica dans son forum officiel français . Le texte parle d'un gamin que Rachid a fait monter sur scène et dont vous voyez la photo à l'un de nos post (cliquez). D'où la polémique.
GUERNICA

J’ai beaucoup d’amour et d’espoir.
J’aime Garcia Lorca.
J’aime el Camaron de la isla.
J’aime les olives.
J’aime Julio Iglésias.
J’aime el Cordoba.
J’aime Almodovar.
J’ai lu Don Quichotte.

Je chante moins bien que El Camaron. Je ne connais pas les taureaux comme El Cordoba et la peinture m’est étrangère. Je déteste Franco.

Depuis 24 ans je chante.
Je crie depuis 24 ans.
J’ai toujours l’image de l’Andalousie.
Je ne parle pas espagnol.
Je ne parle pas l’arabe mais je connais l’histoire.

J’aime être sur scène.
J’aime le public.
J’aime être à l’heure.
J’aime les hommes.
J’aime les femmes.
J’aime la musique.
J’aime le silence.
J’aime le bruit.
J’aime les musiciens.
J’aime voyager.
J’aime les critiques.
J’aime les étrangers.

Pour moi l’Espagne c’est un tout.
Pour moi l’espagnol est un arabe ancien qui se lit de droite à gauche.

Les concerts j’en fais tous les jours, les émotions de temps en temps. Chez vous je me sens chez moi. Chez vous je suis chez nous.

Certes un festival est toujours exceptionnel. Le public est exceptionnel.
Un artiste doit se dépasser. Souvent l’artiste ne possède pas de permis de conduire, il conduit un véhicule qui parfois va trop vite, mais essaie de bien se conduire.

J’accepte toutes les critiques, j’accepte tous les péages, j’accepte tous les miracles. Une seule chose est négociable, c’est mon contrat, mais jamais mon honnêteté, mon intégrité.
J’aime la littérature.

J’aime la poésie.
Je n’aime pas l’injustice.
J’ai constaté dans vos propos de la misère.
J’ai revu ma misère.
Guernica est l’enfant qui a chanté avec moi, Picasso est intemporel, Guernica est anti-fasciste.
Pour moi jouer pour vous était de la liberté.
Ce n’est pas un contrat.
Les seuls tourneurs s’appellent Derviche.

Evidemment Villanova n’est pas Séville, évidemment Garcia Lorca n’était pas journaliste.
L’Espagne. « viva Espagna » l’Espagne se passe dans l’eurodollars, l’Espagne mange beaucoup de jamon.

On me dit 25 minutes l’age d’un gamin de douze ans.
Depuis quand l’Espagne a changé d’horloge.

Le gamin est El Cameron, c’est le gitan mal coiffé, c’est Paco De Lucia qui ressemblait à Ziryab le créateur de l’Andalousie.

Evidemment vos mails ne sont pas des milles et une nuit.
Vos mails me réveillent, je me sens saisis, je me dis que la censure n’est pas qu’ en Arabie Saoudite.
Et que l’Espagne est encore maudite.

Puisque vous me parlez d’une façon policière, vous me reprochez d’être humain.

Il ne faut pas vous déshabiller, je n’aime pas la crème solaire et la scène n’est pas une plage, je déteste l’odeur de la crème solaire.

Messieurs les organisateurs, je ne vous reproche rien, au contraire je me rapproche de vous.
Oui messieurs les journalistes, vous n’avez pas aimés mon éditorial mais je ne suis pas un quotidien et je ne tire pas à 130000 exemplaires, je tire à vue.

Dans mon journal il n’y a pas de publicité.
Mon journal ressemble à celui d’Anne Franck.
Mon journal avec toutes ses erreurs essaie d’être objectif.

Mon métier n’est pas un métier, ma musique n’est pas de la musique, mon silence, vous avez raison c’est beaucoup de bruit.

Je ne parlerai jamais de mes qualités.
J’écoute et je lis mes erreurs.

Je vous remercie vous m’avez déshabillé pour l’hiver « viva la muerté, viva la vida, viva la paella vivra Villanova, no pasaram ».

Permettez moi en souvenir de Madrid, en souvenir du 11 septembre, en souvenir de Londres, en souvenir de Auschwitz, faites du bruit pour les enfants d’Irak.

Le rock n’a jamais été drôle.
Check Berry était noir, Elvis passe à la radio, Che Guevara est un bourgeois, Isabelle était catholique.
L’agriculture est heureuse grâce aux clandestins.
Gibraltar est anglaise.
Vous avez découvert l’Amérique, vous vous êtes éloignés des africains, mon erreur c’est de croire que l’Espagne est dans l’océan indien.

RACHID TAHA JUILLET 2005