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Friday, April 20, 2007

Plus jamais ça! Never this anymore!

On m'a communiqué (mais sans doute le saviez-vous déjà) l'existence d'une vidéo sur You Tube, ... vidéo (voir ci-dessous) qui veut prouver l'état pitoyable dans lequel Rachid se trouvait malheureusement à Helsinki le 25 mars. J'ai déjà publié la réponse officielle de Rachid au scandale que ce spectacle a provoqué, mais je décide de publier cette vidéo également car je pense que quand on parle de quelque chose, il faut en parler dans tous les sens. Ayant en plus, comme tout fan de Rachid Taha (peut-être?), des vélléités de collectionneuse, je trouve important d'ajouter le pire du pire à l'excellent. Enfin, cette vidéo est en ligne, tout le monde y a accès... et je préfère la montrer plutôt que de faire, de façon partiale, "comme si" elle n'existait pas.

Je me permets simplement d'ajouter que je trouve déplorable d'utiliser la "foire aux vidéos amateurs on-line" pour toucher les esprits au sujet d'un événement à propos duquel un artiste s'est excusé publiquement. Peut-être également qu'en 2007, il faut faire plus attention à son image quand n'importe qui peut mettre en ligne n'importe quelle image de façon anonyme.
Je voudrais donc simplement dire: "Plus jamais ça!" Scared 2 . SVP! Merci! Kelma.
Voici des liens vers trois petits articles qui parlent du "déraillement" de Rachid à Helsinki :
1.Rachid Taha « dé-raï » en Finlande
2.
Rachid Taha sifflé
3.
Rachid conspué

I was told (but you probably already knew it) about a video that is available on You Tube... a video (see below) that wants to show how much drunken Rachid was in Helsinki on the 25th of March. I already published Rachid's officiel reply to the scandal that emerged after that show. However I've decided to publish this video as well in order to be exhaustive on this subject. As a fan of Rachid, I think it is important to collect all kinds of performances, from the best ones to the worst ones: unfortunately this one will not remain in the first category. Finally, I think that, as this video is on line anyway, it is better to face it than doing as if it did not exist.

I would like to add just one thing: I do not undertand why someone uses the great "amateur on-line video fair" to touch people's minds on a topic about which an artist already explained himself publicly. However maybe it is important for an artist to take care about their own image a bit more as, in 2007, it is possible for any anonymous soul to download any kind of image on and from the Internet.
That's why I'd like to say: "Never this anymore!" Scared 2 Please! Thanks. Kelma.
Here are three links in french about this event:
1.Rachid Taha « dé-raï » en Finlande
2.Rachid Taha sifflé
3.Rachid conspué





Wednesday, March 21, 2007

Rachid Taha dans la rubrique Portrait de Libération hier 20 mars

photo Jerome Bonnet

Portraits

"Rachid Taha, 48 ans, chanteur. Né en Algérie, grandi dans l'est de la France, puis à Lyon, cet électron libre musical se double d'un observateur engagé.
Douce transe
Par Gilles RENAULT
QUOTIDIEN : mardi 20 mars 2007 (cliquez pour l'article en ligne, mais sans photo)


Veste noire, pantalon de cuir, chemise satinée, lunettes fumées et pilosité luxuriante ­ tignasse, barbe, torse ­, les quelques minutes de retard sont balayées par une arrivée pleine de panache, que valide le taulier d'un sonore «Monsieur Rachid Taha !». Avec son présentoir garni de Charlie Hebdo, Libé et le Parisien, le Melting Potes, «café littéraire», est un écrin de lecture, préservé du tumulte environnant, aux Lilas. Plus vraiment Paris, pas tout à fait la banlieue. Le chanteur habite à côté. Dehors, le soleil trépigne en attendant le printemps. Dedans aussi, ça s'ébroue : «Couché tard, j'étais chez Frédéric Taddeï hier soir, sur France 3.» Sujet : «Peut-on détester l'Amérique ?» Réponse : «Non. Nous sommes tous responsables de ce qui se passe en Irak. Et puis, l'Amérique, ça n'est pas que George Bush, mais aussi les Noirs, les chicanos, la soul, David Lynch, Orson Welles, Elvis Presley...» Sandwich merguez, cigarettes (légères) à la chaîne, Coca puis champagne, il émane du personnage une virilité sensuelle, dénuée d'ostentation.
Aussi unanimement respecté par ses pairs que réfractaire aux classifications ­ rock, world, chanson, electro ­, Rachid Taha est partout chez lui. Musicien algérien qui n'a entrepris que récemment des démarches pour obtenir la nationalité française, il se définit comme un «exilé heureux». Dix ans d'enfance au bled, entre un frère aîné mort prématurément, sans qu'il l'ait connu, et une soeur cadette : «Le fils préféré, celui qu'il ne faut pas perdre, qu'on promène et qu'on montre aux copains.» Fierté réciproque, quand il raconte l'abnégation paternelle au moment de prendre son baluchon pour aller chercher du travail, de l'autre côté de la Méditerranée. Mais déracinement et cicatrices condamnées à rester. «Sans tomber dans le cliché de l'exil, il faut savoir que l'immigration reste une douleur, source d'instabilité fondée sur le mythe familial du retour», disait-il en 2000. Il confirme... et optimise : «Comparé à ceux qui sont arrivés à l'âge adulte ou qui sont nés en France, je crois avoir une énergie différente, peut-être due à l'impression d'avoir grandi et mûri plus vite... Comme si, chez moi, la douleur était devenue une forme de privilège, car source de créativité. Si j'étais resté là-bas, rien ne dit même que j'aurais fait de la musique.»
De 1989 à 2006, Rachid Taha ne mettra pas les pieds en Algérie ; longue brouille mâtinée de rancoeur vis-à-vis de ce «pays des fantasmes et des mirages» qui, «avec toutes ses potentialités, ses richesses, n'a pas su garder son peuple». A dix-sept ans d'intervalle, il retrouve Sig, la ville de ses premiers pas, presque comme il l'a laissée, «le même portail, avec la même couleur, seul le cinéma avait disparu». Sorti cet automne, Diwan 2, le nouvel album de Rachid Taha, remporte un succès mérité. C'est une collection appropriée d'airs du pays, parfois profondément enfouis, que le chanteur a fait remonter à la surface : Ecoute-moi camarade, Kifache Rah, Gana El Hawa... On y entend clairement une certaine souffrance, tapie sous la frivolité. Et vice versa.
Quand il part, malgré lui, à la conquête de l'Est, Rachid Taha possède encore cette faculté d'adaptation propre aux enfants. Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, n'est pas réputée pour abriter une colonie de petits basanés, mais bien jouer au foot peut se révéler, à cet âge, un facteur déterminant d'intégration. L'histoire se répète à Lépanges-sur-Vologne (futur cadre d'un des faits divers les plus médiatisés du XXe siècle), où la famille continue d'esquiver les affres du chômage. On envoie l'élève «turbulent» se calmer chez les bonnes soeurs. Quitte à devoir apprendre un métier, va pour la comptabilité. Mais c'est surtout cette inextinguible «curiosité d'aller vers les autres» qui n'en finit plus de faire son chemin.
Vendeur de livres au porte-à-porte, il croise en deux ans toutes les mentalités, tous les profils, les préjugés, les accents. En retient quelques préceptes empiriques, comme «le racisme est avant tout basé sur la connerie, mais il faut savoir qu'on vivra perpétuellement avec et apprendre à se situer au-dessus». Ou : «Les parents vous nourrissent, mais ce sont les rencontres qui vous construisent.»
A l'hallali du giscardisme, la société française a des démangeaisons qui, fatalement, ne demandent qu'à connaître leur juste traduction artistique. C'est à l'usine Thermix de Lyon que Rachid Taha rencontre les deux frères Amini. A peine formé, le trio brandit un nom qui claque : Carte de séjour. Quand il chante en français, sa reprise du Douce France de Charles Trenet relève du manifeste. En arabe, Zoubida, sur la condition des musulmanes et les mariages arrangés, ne cherche pas plus l'esquive. Dans les deux cas, certaines dents grincent, des dentiers aussi, mais pas toujours ceux qu'on croit : «Jacques Martin est le seul qui nous aura fait passer à la télé.»
Carte de séjour secouera les années 80 jusqu'au jour de la chute du mur de Berlin, où le groupe donne précisément son ultime concert. Entre-temps, il y a eu l'essor des radios libres (Radio Bellevue, à Lyon, il en est, pardi !), l'engagement politique (Rock Against Peyrefitte, idem) et citoyen. En 1982, il ouvre une boîte de nuit à la Croix-Rousse, Au Refoulé, ainsi nommée car destinée à ceux qu'on ne laisse pas entrer dans les autres clubs de la ville. L'année d'après, c'est la Marche des beurs, entre Paris et Marseille. Qu'en reste-t-il ? Rachid Taha arbore ce sourire qu'il a si beau, puisque à la fois pudique et insolent, candide et orgueilleux : «Rien ! Julien Dray, conseiller de Ségolène Royal, Harlem Désir, élu je ne sais plus où, d'autres qui se sont casés à la télé... Merci, on a compris !»
Une (très) intime de la fin des années 80 se souvient d'un «homme rock'n'roll, au sens assez destroy du terme. Un personnage gentil et très impliqué socialement, vraiment passionné de musique et qui essayait de faire son trou tout en gardant un jardin secret». Riche de mille espoirs, l'aventure lyonnaise s'achève aux prémices d'une carrière solo dont le nom du premier album dévoile le nouveau port d'attache : Barbès. C'est-à-dire Paris, au sens le plus insubordonné du terme. Donc raccord avec le parcours.
Affranchi du négoce ­ hormis le show 1, 2, 3 Soleils, en 1998, avec Khaled et Faudel ­, Rachid Taha assume une image «intello branchée», mouvance Pulp/Mondino/Agnès b. Voguant au large, il croise les pontes anglo-saxons, Brian Eno, Damon Albarn, Steve Hillage (comparse de longue date), entre l'Angleterre, l'Espagne, l'Irlande et le Mexique, où il a su se faire un nom. Passé la période «communautaire, avec pas mal de copines et plein de belles rencontres», ce père d'un fils de 21 ans vit depuis deux ans aux Lilas en compagnie d'une chimiste rencontrée à Singapour. Il est aussi intarissable sur Jean Genet, Mohamed Choukri, John Ford et Derrida que sur le prix de la baguette ­ «1 euro, tu te rends compte, alors qu'à côté, à Romainville, elle est encore à 70 centimes !» Quand il parle, il pose souvent une main sur le bras ou l'épaule de son interlocuteur. Le geste est naturel, machinal. Comme pour mieux faire passer le message, circuler la parole. Ouvrir les esprits.
Rachid Taha en 7 dates 18 septembre 1958 Naissance à Oran. 1977 Arrivée à Lyon. 1981 Formation du groupe Carte de séjour (dissous en 1989). 1985 Naissance de son fils, Lyes. 1991 Sortie de Barbès, premier album solo. Octobre 2006 Sortie de Diwan 2, septième album solo. 22 mars 2007 Concert à Paris (Bataclan, complet), puis tournée. "
N.B: La photo provient de l'édition du 20 mars 2007 de Libération, et non du site du journal. Merci Céki pour le scan!

Friday, February 09, 2007

En couverture de Télérama

Benoît Péverelli pour Télérama

Rachid a été dernièrement en couverture de Télérama avec la photo reproduite à gauche. Voici l'article en question où l'on découvre un Rachid Taha moins militant qu'avant et plus enclin à parler de lui-même. En cadeau deux videos originales dans lesquelles Rachid récite des textes inédits !

“La France est un pays de plus en plus féminin”

Sa déception face aux années Mitterrand, ses colères – injustices de l’immigration, soumission des femmes… Rencontre avec un chanteur au verbe mûri et incisif.
Corps sec et voix écorchée, le verbe iconoclaste et l’œil incendiaire, Rachid Taha allume tous les feux. Et ne les éteint plus. A 48 ans, celui qui fut le premier à conjuguer rock et raï, à mixer rageusement tous les styles, nous conduit avec panache sur des sentiers d’infinies libertés. Tolérance. Insolence. Il en fallait pour résister à la douleur de l’exil, aux humiliations de l’émigration. Mais l’ex-leader du groupe lyonnais Carte de Séjour (1982-1989), le rebelle écorché vif n’a peur de rien. Surtout pas de dénoncer la condition des musulmanes (Zoubida, en 1981), d’orientaliser Charles Trenet (Douce France, en 1986), d’imposer le premier tube en arabe (Ya Rayah, en 1998), ou de revisiter sans fin la musique de son enfance (Diwân 1 en 1998 et Diwân 2, qui vient de sortir). Adoubé par les plus grands musiciens anglo-saxons – Brian Eno, David Byrne – artiste jusqu’au bout du cœur, l’homme a des fulgurances, des extravagances que beaucoup admirent et redoutent tout ensemble

A l’étranger, en Angleterre notamment, vous êtes une star, en France un peu moins. Pourquoi ?
Les Arabes continuent de faire peur. Les Noirs, eux, ont plutôt de la chance : ils ont l’image d’athlètes rigolos, bons danseurs, grands baiseurs, ils ont même des héros dans les séries américaines… Ici, beaucoup de Français n’ont toujours pas digéré la guerre d’Algérie. L’Arabe inquiète. On ne peut pas se fier à ce fourbe, potentiel terroriste, fils de fellagha qui peut vous égorger pour rien…

Vous n’exagérez pas un peu ?Nous vivons de plus en plus dans des ghettos communautaristes. Je viens de faire un concert à Lille à l’initiative du KO Social, le mouvement festif et contestataire lancé par les Têtes Raides en 2004. Eh bien, dans la salle, il n’y avait ni beurs ni blacks, rien que des gentils petits-bourgeois blancs. J’avais l’impression qu’avec Jean-Louis Aubert et les autres nous étions des vétérans du combat militant, aussi ringards que les vieux yé-yé en tournée qui enchantent actuellement la France. Pire : après le concert, j’ai voulu amener une spectatrice saluer les autres artistes et le videur ne m’a même pas laissé entrer. Il a fallu qu’Aubert vienne me chercher. J’en ai pleuré. En ce moment, je vis mal ce genre de situations. Même si elles sont pires pour les jeunes beurs anonymes. La situation s’aggrave.

Pourquoi ?

Parce que les gens deviennent analphabètes ! Et quand on est dans l’ignorance, on se ferme, on devient méchant, raciste… L’autre jour, j’entendais Guy Bedos déclarer chez Ardisson à la télé qu’il ne pouvait supporter le président iranien, « cet Arabe ». Il a fallu qu’Ardisson lui explique qu’Amadinejad était perse, et que ça n’avait rien à voir. « Tous les mêmes ! » a pourtant ricané Bedos… C’est ça, la gauche éclairée ? Quand j’entends Ségolène Royal et Sarkozy, j’ai l’impression d’une famille de ventriloques. Ils disent la même chose. Au moins, nous devons à Sarkozy la fin de la double peine, et je pense qu’il accordera le droit de vote aux immigrés, comme il l’a évoqué… Je suis de gauche. Mais il faut bien reconnaître que la gauche est en partie responsable de ce qui se passe. La génération des 25 ans qui ne trouve ni boulot ni logement dès qu’elle mentionne un nom aux consonances maghrébines, ces jeunes beurs diplômés qu’on embauche davantage à Londres ou à Dubai qu’à Paris, ils ont grandi sous Mitterrand ! Il n’y a pas seulement un problème de cités ; il y a le problème de toute cette jeunesse de France qu’aucun gouvernement n’est parvenu à intégrer, et qui désespère. Prenez la fameuse Marche des beurs, de Marseille à Paris, dont je m’étais pas mal occupé en 1983, du temps de mon groupe Carte de Séjour. Elle a été très tôt récupérée par les têtes pensantes de SOS Racisme et de Touche pas à mon pote. Rien que ce slogan ! Moi, justement, je voulais qu’on y touche aux potes, qu’on les serre dans nos bras.

Vous militiez alors davantage qu’aujourd’hui.

On ne peut plus militer comme avant.

Pourquoi ?

Parce qu’on ne peut plus faire de barricades dans un pays où les philosophes travaillent à la radio quand ils ne sont pas speaker à la télé. C’était autre chose avec Derrida (j’aimais ses yeux qui vous regardaient en face, il me disait toujours, lui le juif d’El-Biar, qu’il était avant tout algérien !) ou encore Deleuze, dont j’ai imité l’abécédaire… en arabe. Maintenant la seule « barricade » qu’on ait, c’est paradoxalement la télé. Il faudrait la sortir et s’asseoir dessus. Je préfère militer à travers ma musique.

Diwân 2 est un disque militant ?

C’est une sorte de cours d’histoire à l’usage des immigrés de la troisième génération… et de tous les Français. J’ai réalisé un jour combien mon propre fils connaissait mal son héritage culturel. Alors j’ai voulu lui constituer une sorte d’encyclopédie musicale qui rende hommage aux plus belles voix orientales. On ne peut s’ouvrir à l’autre qu’en ayant une conscience forte et épanouie de son identité. Je ne me sens pas victime, j’ai même horreur des martyrs, de ceux qui se complaisent dans la plainte. Une victime, c’est un cadavre. Or il faut avancer. Et avant de dénoncer le racisme, on a nous-mêmes, les Arabes, beaucoup à balayer devant notre porte.

C’est-à-dire ?

Et notre racisme envers les femmes ? La soumission à laquelle la famille et un islam mal compris les contraignent, l’obligation du voile ! Tant que les femmes restent asservies, la démocratie ne peut exister. Prenez les mariages arrangés, qui demeurent la règle chez nous. Quand il n’y a pas d’amour au départ, quand le géniteur est trop souvent un violeur, les mères ne peuvent se réfugier que dans leur foi et tombent amoureuses du premier homme doux avec elle : leur fils aîné ! Du coup, elles surinvestissent sur lui, mettent leurs filles éventuelles au service du grand-frère, en font un macho. Et parfois même un intégriste tant leurs relations sont sublimées : pour le fils, la mère si dévouée, si pieuse est devenue une sainte, dont il se rêve le prophète.

Vous êtes un « premier » fils ?

Non, le deuxième. Mais l’aîné est mort enfant. De toute façon ma mère m’a eu à 15 ans et je ne l’ai jamais appelée « maman », mais Aïcha. Ça m’a aidé à trouver très jeune « un meilleur couscous que celui de ma mère », comme on dit chez nous… D’autant que j’ai toujours adoré les femmes. A 10 ans, j’en paraissais 8, et Aïcha m’amenait avec elle au hammam ; les femmes y chantaient des chansons coquines, ma mère aussi… J’ai grandi au milieu d’elles – ma voisine, ma cousine… – dans un mélange absolu de bonheur et de souffrance. Souffrance parce qu’il n’y avait, hélas, aucune mixité : les femmes de là-bas restent entre elles, à la tâche. Les hommes sont ailleurs. Les pères absents.

Quelle enfance avez-vous eue ?

D’abord une enfance choyée à Oran, et dehors, dans la rue. Jusqu’à l’âge de 10 ans, en 1968. Mon père voulait qu’on ait une bonne éducation, à l’européenne : on était la seule famille du quartier à avoir une table haute pour manger, et pas basse comme les autres… J’ai été aussi quatre ans chez les bonnes sœurs, j’étais même premier en catéchisme. Mon père, qui avait dû émigrer en France pour trouver du boulot – mais ne pouvait vivre sans nous –, nous a ensuite fait venir en Alsace où il travaillait dans le textile. Double exil ! Il y avait le froid, la neige et une langue alsacienne que je ne comprenais pas. Terrible. Et puis l’usine de mon père ferme, et nous voilà dans les Vosges, à Lépange-sur-Vologne ; j’ai dû aller à l’école avec les Villemin… Je déteste la campagne, j’ai peur dès que ça n’est pas éclairé. Heureusement en 1977, le fils du maire de Lépange m’embarque vendre avec lui des encyclopédies médicales au porte-à-porte. Je me retrouve avec une bande de jeunes représentants de toutes les nationalités, j’apprends à faire du commerce grâce à la tchatche. Et mes parents partent bosser à Lyon…

Une éducation de petit chrétien ?

Dire que je ne suis pas musulman serait mentir. Mon père est allé à l’école coranique, maîtrisait le Coran ; j’en ai beaucoup parlé avec lui, et avec mon grand-père. C’était une façon de partager avec eux, d’être un homme. Et d’apprendre, aussi : j’ai toujours eu cette soif-là ; sans ça, on est rien. Mais du coup, je ne vois plus de différence radicale entre religions chrétienne et musulmane : elles reposent chacune sur le respect de l’autre, la bonté, la générosité. Mes parents ne m’ont jamais enseigné la haine, mais la tolérance… Je lis un peu le Coran, c’est subtil, plein de poésie ; seulement, il n’est pas donné à tout le monde de le comprendre, il y a beaucoup de charlatans.

Et la musique ?

J’y arrive par hasard. En 1979, je travaille à l’usine Thermix de Lyon, et j’y rencontre deux frères – Mohamed et Mokhtar Amini – qui jouent de la guitare. Je leur raconte que je suis percussionniste, alors que je n’avais tapé que sur des casseroles ; ils m’invitent dans leur grenier. Comme j’écrivais des poèmes, je chante… Notre ambition, alors, n’était pas de devenir rock stars, juste de gueuler ce qu’on avait sur le cœur. C’était l’époque des lois Stoléru et Bonnet, qui stoppaient l’immigration, renforçaient les expulsions, favorisaient les retours au pays des Maghrébins avec 10 000 balles de prime ! C’est pour ça qu’on a appelé notre groupe Carte de Séjour. Je l’ai dissous en 1989, lors d’une tournée à Berlin, au moment de la chute du Mur. Il faisait encore un froid de canard. Dans la rue, on voyait les gens mettre des bouts de mur dans des plastiques… pour les vendre ensuite. Nous aussi, Carte de Séjour, nous tombions en morceaux, nous étions devenu un phénomène social, nous tournions en rond.

Avec de beaux moments de bravoure et de scandale…

Oui, comme Zoubida, en 1981, une chanson qui dénonçait le mariage forcé chez les musulmans ; ou Douce France, en 1986, qui reprenait de façon orientale le grand tube de Charles Trenet, manière de dire que nous existions aussi…

Une attaque d’un côté, de l’autre…

On ne sait jamais où je suis, qui je suis. Autant fasciné par le rock anglais pur et dur que par les chanteurs populaires arabes, par la soul que par le punk, par la musique électronique que par le raï. Ami de Patrick Juvet comme de Brian Eno, de Demis Roussos comme de Patti Smith. Plutôt pudique et timide au fond. Mais fou de Jean Genet – le plus arabe des écrivains français – et incollable sur les westerns de John Ford. J’ai toujours aimé les métissages. Dès l’enfance.

Comment ?

Par le cinéma ! Gamin, j’allais voir tous les films qui passaient à Oran. C’est-à-dire en priorité des films indiens de Bollywood, des nanars rock d’Elvis Presley et des comédies musicales égyptiennes. Mais comme la plupart des jeunes Algériens, je n’aimais pas beaucoup les artistes égyptiens comme Oum Kalsoum ; ils chantaient un arabe classique que nous ne comprenions pas, et cette langue-là qu’on parlait à la télé, aux infos, nous semblait synonyme de pouvoir. Elle symbolisait une hégémonie culturelle égyptienne que nous refusions. Les Egyptiens, c’étaient nos Américains à nous…

Face aux grands puissances arabes « amies », vous ne semblez guère orthodoxe…

Les pays arabes sont pour moi en partie responsables de ce qui se passe au Proche-Orient. Combien de fois j’ai fait des concerts en Palestine, alors que la plupart des interprètes arabes se voyaient interdire toute participation par leur gouvernement ! Car la Palestine fait peur. C’est un pays réellement démocratique, ce que ne sont pas les autres pays arabes qui ont tout intérêt, du coup, à ce que perdure la guerre avec Israël… Pour ça, ils entretiennent la haine. Vous savez qu’on n’enseigne guère l’Holocauste aux petits arabes, de peur qu’ils détestent un peu moins les juifs… Or moi, je maintiens qu’un pays sans forte communauté juive est un pays où la démocratie risque de mourir. Parce qu’ils savent discuter, réfléchir sans fin, ça fait partie intégrante de leur étude du Talmud, c’est inscrit dans leurs gènes… En France, on a Robert Badinter, Simone Veil ; mais en Algérie, aujourd’hui, qui y a-t-il encore ? On a chassé les juifs lors de la décolonisation. Et le pays est devenu une dictature.

Vous y êtes retourné en mai 2006.

Je n’y avais pas remis les pieds depuis 1989 ! J’avais trop de colère contre ce pays qui n’avait pas été capable – malgré ses richesses – de nourrir son peuple, qui avait obligé des gens comme mon père à émigrer, à être humilié à l’étranger, à y subir des douleurs énormes. Jusqu’à n’avoir même plus la force de revenir. C’est fini la « culture du retour », le temps où on achetait des postes de télé en gardant les cartons, pour les rapporter en Algérie. Maintenant, on les jette d’emblée car personne ne veut retourner là-bas. Tous les gamins qui y vivent n’ont d’ailleurs qu’une idée : partir ! Et ceux du 93 qui débarquent aux vacances voir leur famille dans leur belle bagnole se comportent d’ailleurs en vrais colons. Alger, c’est leur Saint-Tropez de pauvres…

Vous êtes dur…

J’en ai marre qu’on nous infantilise et qu’on se laisse infantiliser. Comment a-t-on pu se réjouir qu’après la sortie du film Indigènes le gouvernement ait enfin annoncé une revalorisation des pensions des anciens combattants africains de l’armée française ? Cette injustice durait depuis… 1959 et c’est honteux qu’il ait fallu un film pour y remédier. Pire : qu’on croit nous apaiser avec une petite allocation, quand par ailleurs on ne donne même pas de visas pour revenir en France aux anciens combattants qui sont rentrés en Algérie.

Que faire ?

Donner du boulot aux pères des cités pour que les fils ne les retrouvent pas affalés devant leur télé quand ils rentrent de l’école. Comment croire possible, après, de s’en sortir ?

Pourquoi chantez-vous ?

Pour faire aimer Dieu même s’il n’existe pas.

Comment faites-vous ?

J’écoute. Tout le temps. Tout. Je suis un receleur. Je récupère tout ce que j’entends. Je rythme et je chante dessus. Je bosse tout le temps. Je peux chanter, slamer dix-sept heures de suite sans m’arrêter. Abd Al Malik, je le prends quand il veut. J’aime les mots, la voix, les voix. Je ne peux pas m’endormir sans en écouter une. Radio ou DVD. Je me passe en boucle, par exemple, Si Versailles m’était conté ou La Poison, de Sacha Guitry. Il n’y a plus de voix comme Michel Simon ou Pauline Carton.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a plus de culture. Les gens ne lisent plus, ne pensent plus. Il y a un rythme ultra-rapide de l’élocution, de la parole qui correspond à l’absence de choses à dire. Genre, « Tékitoi ? ». Du coup, il n’y a plus de voix. Ou toujours la même… Je rêverais d’écrire un opéra, ou au moins une comédie musicale. J’y travaille en ce moment. Un livret autour d’une fille qu’un harki a eu d’une juive ashkénaze…

On est loin du rock de vos débuts ?

Pas du tout. Je reste rock, hard rock même. Metal ! Mick Jagger me gonfle, je préfère Marilyn Manson… Le rock c’est surtout une attitude : prolo, naïve, humaine. Edith Piaf était rock, Johnny Hallyday est rock, même s’il n’a jamais fait un seul disque rock. Juste de la varièt… On est pas rock en France. Chez nous, c’est plutôt chansonnette, accordéon, Bénabar et Obispo. Mais j’adore la France.

Pourquoi ?

Parce que c’est encore un vrai pays démocratique qui s’est construit sur un beau slogan publicitaire : Liberté, Egalité, Fraternité. Et puis les femmes y sont plus belles qu’ailleurs ; le photographe Helmut Newton le disait, et c’est vrai. La France est d’ailleurs un pays de plus en plus féminin, homo même.

… ?

Vous n’avez pas remarqué comme on s’embrasse ici ! Pour un oui, pour un non. C’est le côté arabe de la France. C’est déjà un début… "

Propos recueillis par Fabienne Pascaud (TELERAMA).
Avec l'entretien, deux videos en ligne et en pod-cast:

Wednesday, June 28, 2006

Une foule immense, venue saluer le " roi du rock arabe ", celui qui fera vibrer les âmes et chavirer les cœurs : Rachid Taha.

RAchid à Essaouira from www.lematin.ma


Pour nos archives, je recopie ce magnifique article (et photo) sur le concert de Rachid à Essaouira par peur qu'il disparaisse dans les prochains jours:

Rachid Taha clôture le Festival d'Essaouira, musiques du monde.

"25.06.2006 20h16
Sur la place de Bab Marrakech, là où devait se clôturer la 9e édition du Festival d'Essaouira musiques du monde, la foule s'était installée des heures avant, sous un soleil torride et un climat sec. Une foule immense, venue saluer le " roi du rock arabe ", celui qui fera vibrer les âmes et chavirer les cœurs : Rachid Taha, l'Oranais. Ils étaient combien ? La question n'était pas plus saugrenue que difficile. Les services de sécurité ont dénombré quelque 100000 personnes qui se bousculaient pour approcher le podium sur lequel était plantés décors et gros matériel du musicien.

En face, se trouvaient André Azoulay, conseiller de S.M. le Roi, Nabil Benabdallah, ministre de la Communication, Abderrahim Harrouchi, ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, Mounir Chraïbi, wali de la région de Marrakech, Abdelali Doumou, président du Conseil régional et Muµstapha Bikrat, gouverneur de la province d'Essaouira ainsi que d'autres personnalités.
Quand, aux alentours de 16h 30 mn, avait été annoncé l'arrivée de l'artiste, des huées ont fusé de partout, accompagnées de cris de joie et d'appels de bienvenue en tous genres. Il était là, la vedette du rock arabe, costume gris fer flamboyant, chemise satin doré, les cheveux en bataille et la cigarette au bec. Plus décontracté et enchanté devant les milliers de fans, on n'en avait pas tant vu Si Rachid…qui a vite fait de prononcer les premiers mots en arabe, adarija almagharibya…
Le répertoire a été aussitôt déployé avec " chouf chouf " et la foule, bigarrée, mélangée, les bras au ciel, s'est dressée, obligeant les quelques officiels et le protocole à se ressaisir, à se lever également pour être du mouvement. Pour ne point être en laisse. Rachid Taha aura été "le clou " éblouissant d'un festival qui, encore une fois, a montré sa capacité à bien assumer sa taille, son gigantisme en termes de public et d'organisation. Il est à présent à la ville d'Essaouira ce que le grand souffle est à la vie.
La jeunesse, diversifiée, mélangée et mêlée non seulement s'y retrouve mais s'y identifie. Car, fenêtre du Maroc sur le monde et porte du monde sur le Maroc, Essaouira incarne désormais – la musique universelle exige - l'image grossissante de l'espérance et du bonheur. Pendant quatre jours en effet, la foule s'est lancée à l'assaut des places de concerts. On a dénombré le nombre de 20.000 véhicules, soit l'équivalent de 4 personnes minimum par voiture.
Cette année a connu aussi le plus grand nombre de visiteurs étrangers, européens, américains, asiatiques, africains, arabes. Soit plus de 23.000 visiteurs, ce qui constitue un record en plein croissance… Ce n'est pas avec gaïeté de cœur, c'est le cas de le dire, que les uns et les autres se sont séparés ce dimanche soir pour reprendre, l'âme enflée de joie, les oreilles encore emplies des sons gnaouis, les chemins du retour.
La voix rauque, déchirée et emportant avec elle la jeunesse du monde qu'est le Maroc, Rachid Taha leur a procuré l'ultime sublimation. Samedi, la foule s'était multipliée et les deux grands concerts du soir, notamment de Kasri et des Bakbou, en totale fusion avec Metheny avaient littéralement provoqué le délire populaire.
Le brassage musical – qui avait donné lieu à un brassage humain parce que mélomanes nationaux et étrangers se sont mêlés dans la transe – était devenu le signe emblématique d'une symbiose universaliste où Essaouira a pris le devant, où les valeurs de tolérance, de cohabitation, de partage, de respect de chacun et de l'Autre, où le souffle de la liberté se sont répandus comme des grains qui sèment l'espoir et la joie collective.
C'est cela le Festival d'Essaouira, qui ne suscite pas uniquement la magie nécessaire à notre rêve d'humanité et de bonheur, mais aussi nous donne les raisons de vivre et de croire en ce Maroc que S.M. le Roi Mohammed VI construit et hisse au niveau d'une nation moderne et libre…Cette année, ils ont été près de 500.000 à avoir fait le détour.
Essaouira, Hassan Alaoui LE MATIN "

kelma

Friday, May 12, 2006

Article sur les concerts algériens de Rachid

Rachid Taha
Dans El Watan... avec interview et copie originale de l'article à télécharger (merci marie)!!!


les dates:
le 24 mai à Tlemcen
le 26 à Oran
le 28 à Annaba
le 31 à Alger en clôture du Festival Culturel Européen
(carte détaillée de l'Algérie ici)


kelma

Sunday, December 04, 2005

Links about the gig! Liens sur le concert de Londres!

Stop the War concert!

Links, liens.




1.Album photo "Headancer": woaw!!!

2.Site de Yves Aouizerate (Rachid's keyboards man!): cliquez sur "Stop the War"; y a deux jolis petits montages sur des tournées passées avec Rachid en allant sur "Movie"/Click on "Stop the War"; there are two nice montage on past tours with Rachid if you go to "Movie".

En savoir plus sur lui? More about him? Cliquez ici! Click here!

3.Hé! Les francophones, on en a parlé - incroyable mais vrai - à ce lien sur le site de France2! . Merci roso! Je copie et colle... y a des bouts d'interview!

N.B: English speakers and frustrated ????? There's an online free translator French into English here! Open a new page: go to "text, email, web translator", then to "text translation", copy and paste the text to be translated. If it's web site, go to "webtranslation", choose the language you need and copy the URL of the site you wnat to have the translation of, then wait fot the translation. It's the best online translator (even if not perfect!)!!!!

"L'engagement sans concession de Rachid Taha date de ses débuts avec son groupe Carte de Séjour. En 1986, il a marqué les esprits en se réappropriant "Douce France", de Charles Trénet, au grand dam de certains rabat-joie.
Pour lui, malgré la banalisation de la guerre, et la lassitude de l'opposition face à l'obstination des politiques, le concert de dimanche a un sens et une portée pratique. "Bien sûr que cela fait avancer les choses", explique-t-il à l'AFP. "Ne serait-ce que grâce à la présence de personnages comme Brian (Eno) ou Mick (Jones). Ce sont des artistes qui sont restés rockeurs et véritablement engagés, des rebelles comme on n'en a pas en France."
En France, en effet, Rachid Taha se sent un peu seul dans le rôle d'agitateur protestataire. "Je suis un ovni, c'est dramatique."
La complicité de Mick Jones avec Rachid Taha l'a naturellement amené à participer à l'événement: le guitariste a fait son entrée en scène pour la version arabisante du grand classique de The Clash, "Rock the Casbah". "C'est Joe Strummer (le chanteur de The Clash, mort en 2002) qui m'avait dit: il faut que tu écoutes ce gars, un Français avec une touche algérienne", se souvient Mick Jones après le concert. "La première fois que j'ai joué leur version de 'Rock the Casbah', ils ont dû m'apprendre les accords", rigole-t-il.
Pour Jones, le ton direct du rock remplace avantageusement les longs discours. "Moi je déteste le prêchi-prêcha. C'est condescendant et insultant pour le public. Ici ce soir, on connaît tous le problème, pas besoin d'insister lourdement. C'est comme ça que j'aime que les choses soient faites."
Malgré sa large opposition à la guerre en Irak, l'opinion publique britannique semble impuissante à peser sur les débats. Stop the War espère toujours la convaincre qu'il n'est jamais trop tard pour arrêter le gâchis. Le 10 décembre, le mouvement organise à Londres une conférence de paix internationale réunissant des délégués américains, britanniques, et irakiens.
Pour Rachid Taha, il n'est jamais temps de se rendre. "Oui, la voix publique peut l'emporter, à condition de persévérance." Et de s'interroger, prolongeant une conversation qu'il reconnaît avoir eue la veille: "Ca fait combien de temps qu'on n'a pas eu de révolution ?" "

kelma

Wednesday, November 02, 2005

Compte-rendu concert de Vienne: exclusif!



RACHID TAHA
Le 22 octobre 2005, Festival Salam Orient, Szene, Vienne (Autriche)


Un compte-rendu par Lejla.

En bref: Un bon concert d'un auteur accompli avec une bonne équipe: substantiel, professionnel, fluide sans être "routiné" et correct, quelques surplus aussi; pas de longs discours, peu de signes de fatigue après une tournée bien longue. Les morceaux de son dernier album Tekitoi (à peu près 1/3 du répertoire, les 2/3 des albums antérieurs) montrent les signes de kilomètrage joué depuis 2004. Bonne atmosphère familière de l'espace club. Pas sans émotion, plutôt le contraire, mais quand même pas un tour de force d'un bout à l'autre, comme Rachid Taha l'a déjà fait, au moins une fois en 1997; sa musique ne cesse d'évoluer du bien au meilleur (un long chemin depuis ses débuts en solo!), mais on peut spéculer que sa présence et présentation scéniques étaient au top à cette époque-là (ou est-ce la surprise d’un nouveau répertoire combiné au souvenir lointain qui fit la magie mémorable de cette journée de Radio Beur au Zénith de Paris?) et que depuis il souligne plus ses qualités divertissantes et moins sa poétique; un parcours bien pour les énergies éclatantes-fête du concert, pas si bien pour les énergies qui t'emportent.

Morceau par morceau: On entre quelques minutes après 20h, la salle est remplie du son de N'sel fik, vieux pop raï classique de Fadela et Sahraoui. La salle est petite, pas pleine, mais assez remplie déjà. On n'est pas en retard et on peut même trouver une bonne place pour voir et pour entendre. Le support, qu'on attendait plutôt après, DJ Zipflo, est caché du côté gauche de la scène (perspective scène, donc droite perspective auditoire) et passe ses raï oldies goldies pour encore une bonne demi heure. Ce qui fascine c'est la préponderance des filles et des femmes dans la salle, surtout devant: presque pas d’hommes! C'est a cause de quel ingrédient secret du son Rachid Taha?
La scène est préparée, y a un tabouret près du micro (alors Rachid va commencer assis?), les machinistes s'occupent des détails. A environ 20:40 quelqu’un enlève le tabouret (tiens, pas encore cette fois qu’on verra Rachid Taha chanter assis!) – et c’est le début avec Mamachi debout. Une belle évolution depuis août 2004 quand on l'entendait à Sziget (Budapest, Hongrie) à la première et que les voix ne fonctionnaient pas bien du tout, contrairement à la version studio où ça marche bien. Là, à Vienne, Rachid ne le gronde pas trop, il le chante, voix assez douce et mélodique, aussi un peu mélismatique à l'arabe (certes, comme il le fait lui, avec beaucoup plus de poétique rock vocalique hyperexpressive). Puis vient Shouf, ou Nokta, bon ... les deux, l'ordre est toujours discutable, la scène est assez petite et surchargée. Depuis le début des années 90 le côté droit est réservé à l'électrique et à l’électronique – il y a là Yves, presque depuis toujours lui aussi, puis Noël et Idris, depuis environ 2002 – et le côté gauche aux acoustiques – y a Hakim comme toujours et puis, tiens, pas de Rachid B. même s'il était sur l'affiche, l'homme à la darbouka à l'air familier, mais qui sait d'où et pourquoi? – alors que avec la batterie (Guillaume, tout frais dans le groupe) derrière, Rachid tient le centre, comme toujours, et favorise cette fois-ci son côté gauche (l'auditoire à droite) dans ses mouvements, probablement à cause du manque du place sur la scène à sa droite. Il porte pantalons en cuir, chemise + lunettes (les mêmes que sur les photos prises par enta dans ce blog) et veste (voir les photos de Crozon, je crois) et une chose géante plutôt sombre avec une emblème sur la tête qui ressemble à un bonnet à poil ou kutchma. Puis des bijoux: un pendentif-corne et des bracelets au poignet gauche, pas de bagues. Après c’est Kelma. Pas de discours, Rachid parle très peu pendant tout le concert; il semble avoir oublié ou il ignore délibérément ses déclarations scéniques d’il y a plus que 10 ans («N’attendez pas que je vous dise: levez les bras, faites ooo-eee ! J’aime pas du tout ca, moi ... si vous avez envie de le faire, allez-y ... je fais pas du social, je fais un concert!») . Alors ici il lève les bras et montre comment taper dans les mains: quand on suit sa majesté tap-tap, il se tape le coeur avec un grand sourire. Je dis Kelma parce que le rythme serait approprié à cette chanson, mais c’est possible que cela ce soit passé plus tard pendant le concert: y avait plusieurs occurrences, mais une seule bien rythmée. Puis viennent Hasbouhum et Medina, interprétation et communication moins légères, plus sérieuses, est-ce que c’est ici que Rachid chante beaucoup dos au public? Possible (mais possible plus tôt aussi).
De Bent Sahra on a vu et entendu de meilleurs interprétations que celle-ci, c’est bon, mais sans un surplus remarquable & mémorable. (Ou bien c’était si mémorable qu’on ne se rappelle plus parce que c’était trop?) Est-ce ici qu’on a ri parce qu’Idris joue de la basse comme d'un tambour avec un tel élan? Barra c’est grave, ça touche, le chanteur et les enchanté(e)s: silence alors ... Avec Safi on se retrouve bougant les lèvres avec ‘ana gelbi safi nebghi el hub zahwani ... safi safi zahwani’ – obsessionnel, hein? Au concert ça marche encore, mais il faut prendre garde de ne pas s’écrier d’un coup ailleurs une autre fois (disons dans un métro de matin).
Puis le vide, le noir, les sons du mandoluth et de la darbouka seuls qui restent sur la scène mal éclairée. Hakim chante aussi, en arabe, mais avec un timbre kabyllique, c’est familier, on retient les mots ‘sabri’ (pas plus), les familles arabes des bébés aux vieillards qui se mettent en avant, dansent. (C’était lequel ce morceau intermezzo, qui sait?) Le son s’entrelace avec Ya Rayah et le retour sur scène de tout le monde pour une fête générale de la nostalgie. Rock el Casbah et Habina, l'ordre m'est égal, cela ne veut pas dire que je n’apprécie pas la dramaturgie du concert R. Taha, il en a, ça bouge autour aussi, des fois ça enchaîne bien, des fois y a des pauses, comme s’ils changeaient, cherchaient leur répertoire. Est-ce que dans Habina R. Taha chante la partie à mélismer avec pathos (Ya lail ghanni, el-houb baa'douh B-Awallouh ...) comme jamais avant ou était-ce le moment de la présentation des musiciens? Les deux? Comme la mémoire est-elle fugitive! Ken ya maken ... il était une fois et il n’était pas ...
Coupez! Silence! Y a-t-il un encore? Certes, ça prend du temps – mais les voilà. Un riff qu'on a reconnu d’un autre concert dans un autre temps & lieu, puis Meftouh sans doute. On m’avait dit qu’il ne joue Meftouh presque jamais en concert, alors on a la chance de l’entendre en direct et bon. Est-ce là où Rachid joue avec une serviette (rouge?), l’agite au-dessous de sa tête, l’enveloppe autour de son cou, de ses épaules? Si c'est pas là, alors c’est avant ou après, heu... Suit Ida, pas un de mes morceaux préférés, mais cette fois-ci un morceau génial, le début un peu lourd et inarticulé, mais l’enroulement facile et émotif et les exercises de style bien faits; cela a dû être fort: le lendemain je me réveille avec les voix de Rachid dans les oreilles et cela persiste pendant toute la journée. Hélas pour Garab – un morceau qui place pour moi R. Taha irrévocablement sur le tableau de l’histoire de la musique, à jamais au sein des grands classiques anciens et contemporains, mais jusqu’ici pas une version concert qui puisse égaler la version studio (alors que d’habitude c’est le contraire!). Un morceau trop difficile à rendre sur scène dans toute sa richesse (malgré les matrices) ou simplement un manque de chance pour moi? Donc ici une version brève, pas bien graduée, sans discours, quelques paroles originales interprétées sympa sur des airs des autres sons, mais loin d'un tour-de-force vocalique et rythmique, et pour conclure un hard thrashid à toute vitesse. Pressés de s’en aller? Allez, ça y est. A la prochaine! Ile liqa. Ciao ...

Tuesday, June 28, 2005

Rfi is the best site about French-speaking music abroad!



Rachid au Liban photo rfi p.larmoyer Rfi-musique remains the best bilingual site where you can find stuff on "francophone" music in the world and thus, informative articles on Rachid (this has been true for years now): one new report on his concert in Beirout is on line, with bits of interview and all that you have to know on Afaa (thanks to an interview with FRÉDÉRIC PINARD Audiovisual attaché at the French Cultural Mission in Lebanon) we were already mentioning in a former post as the body thanks to which Rachid can tour in the Middle-East. It was in the context of the Afaa "Génération Musiques" project (a French cultural programme which invites artists of all stripes to play or spend time in a Mediterranean or Latin American country) that Rachid actually performed in Lebanon and another Rfi article explains that well here!

Rfi-musique reste le meilleur site bilingue pour en savoir plus sur la musique française et francophone dans le monde et donc le meilleur endroit où trouver du matériel informatif sur Rachid et ce qui le concerne (et ce depuis des années); ainsi, un nouveau court reportage est en ligne sur son concert de Beyrouth, avec des extraits d'interview et tout ce que vous devez savoir sur l'Afaa (grâce à interview de FRÉDÉRIC PINARD, attaché audiovisuel à la Mission culturelle française au Liban) dont nous parlions déjà dans un précédent post comme l'institution qui permet à Rachid de tourner dans le Moyen-Orient. C'est dans le contexte du projet "Génération Musiques" de l'Afaa que Rachid s'est d'ailleurs produit au Liban ce 13 juin et un autre article de Rfi l'explique bien ici!


kelma

Wednesday, June 22, 2005

Rachid at the Meltdown Festival

Rachid was at the Royal Festival Hall in London (last Friday June the 17th) for the Meltdown Festival!

"The Meltdown Festival is a month of music, film and visual arts in and around the South Bank Centre in London. In recent years the event’s moved away from its classical origins towards a more rockcentric theme, thanks mostly to the celebrity curators that have included David Bowie and Scott Walker and Morrissey." (www.french-music.org). Each curator has the opportunity to mix up styles and artists according to their own fantasy... Former curators were: MORRISSEY (2004), LEE ‘SCRATCH’ PERRY (2003), DAVID BOWIE (2002), ROBERT WYATT (2001), SCOTT WALKER (2000), NICK CAVE (1999), JOHN PEEL (1998), LAURIE ANDERSON (1997), MAGNUS LINDBERG (1996), ELVIS COSTELLO (1995), LOUIS ANDRIESSEN (1994) and GEORGE BENJAMIN (1993).
This year, the 13th programming is signed by Patti Smith including Rachid Taha, Tinariwen, Yoko Ono, Sinead O'Connor and many more.
Patti Smith declared: "I am very happy and proud to be part of a festival whose objective is to produce an atmosphere of creative conspiracy. This sense of community from crew to volunteers to performers will be the backbone of our festival. Everyone will draw the best of themselves and happily face new challenges.(...) We will strive to reinforce our cultural voice. We will all work hard, respect one another and also have a good time together. I look forward to exploring new ideas and new possibilities of collaboration" .

So....last Friday Patti Smith performed with Rachid ... and Carbon/Silicon , the new band fronted by legendary Clash man Mick Jones, has supported Rachid's performance. In their site, we find written: "Big thanks to Patti Smith for having the band at the Meltdown Festival and for jamming with us on the Encore of "Hey Joe" (you can see live footage of the song at www.gigvideo.co.uk)...and big thanks to Rashid Taha too for being so cool.. a great night and a great venue... "

Rachid était en concert au Royal Festival Hall à Londres vendredi dernier le 17 Juin dans le cadre du Meltdown Festival!

"Le Meltdown Festival est un mois de musique, cinéma et arts visuels organisé autour du et dans le South Bank Centre à Londres. Ces dernières années, l'événement s'est éloigné de ses origines classiques pour devenir un peu plus "rockcentrique" surtout grâce à certains de ses fameux curateurs comme David Bowie, Scott Walker et Morrissey." (www.french-music.org). Chaque curateur a ainsi la possibilité de mélanger les genres et les artistes au gré de leur fantaisie... Les prècédents curateurs ont été: MORRISSEY (2004), LEE ‘SCRATCH’ PERRY (2003), DAVID BOWIE (2002), ROBERT WYATT (2001), SCOTT WALKER (2000), NICK CAVE (1999), JOHN PEEL (1998), LAURIE ANDERSON (1997), MAGNUS LINDBERG (1996), ELVIS COSTELLO (1995), LOUIS ANDRIESSEN (1994) and GEORGE BENJAMIN (1993).
Cette année la treizième programmation est signée Patti Smith qui a prévu Rachid Taha, Tinariwen, Yoko Ono, Sinead O'Connor et beaucoup d'autres.
Patti Smith a déclaré: "Je suis heureuse et fière de participer à un festival dont l'objectif est de produire une atmosphère de conspiration créatrice. Il y a un sentiment de communauté dans toute l'équipe, y compris les volontaires et les artistes, un sentiment qui sera l'épine dorsale du Festival. Chacun donnera le meilleur de lui-même pour affronter de nouveaux défis. Nous ferons de notre mieux poour renforcer notre voix culturelle. (...) Nous travaillerons dur ensemble tout en nous respectant et en nous amusant. Je me réjouis de pouvoir explorer de nouvelles idées et de nouvelles collaborations".

C'est ainsi que vendredi soir Patti Smith s'est produite sur scène avec Rachid et que Carbon/Silicon , le nouveau groupe de Mick Jones, ex-Clash, a également participé. Dans le site de ce groupe, on trouve écrit: "Un grand merci à Patti Smith pour avoir invité notre groupe au Meltdown Festival et pour avoir jammé avec nous sur le Encore de "Hey Joe" (la chanson en live sur www.gigvideo.co.uk) et un grand merci à Rachid Taha aussi, super cool.. une grande soirée et un grand spectacle..."

Meltdown 17 June 2005 3



Meltdown 17 June 2005 2

Meltdown 17 June 2005

Meltdown 17 June 2005 4
Rachid and Patti Smith

All exclusive pics by enta for the tahafanblog!
Photos exclusives par enta pour le tahafanblog!

Other great pics (not by enta!!!! by amanda...) by going to this gallery!
Il y a d'autres photos (mais pas faites par enta... , prises par amanda!) en visitant cette gallerie!

kelma

Wednesday, June 15, 2005

Beirut articles!

13/06/o5. It was the third time Rachid Taha sang in Beirut; this time he inaugurated a series of concerts named "Cabarets de monde" (introduced by Eléftériadès and the Mission culturelle française in Lebanon, with the collaboration of Afaa, Association française d’action artistique).
Read "The last rock 'n' roll hero", a review of his concert here!
Another article is on line - in French - by Zéna ZALZAL (with bits of interview) and is entitled "Rencontre – Il a donné hier le premier des concerts « Cabaret du monde » au Music Hall« Tékitoi » ? Mais c’est Rachid Taha ! " at http://www.lorientlejour.com/. We learn there that Rachid can tour in the Middle East a lot thanks to the above-mentioned Afaa, that he finds Britney Spears, "the Arab woman persists in wanting to look like" "as ugly as a louse", that he is "an Algerian for ever and a French man for every day", that he regrets the splendour of the Andalousian times when hundreds of books were translated each year and the fact Oriental singers lack creativity and concert infrastructure. The journalist concludes with: "This is Rachid Taha. A singer with some healthy anger, a destroyer of all fake traditions." Unfortunately it seems you have to pay for this article; the best I can do is to invite you to go and find it the lorientlejour site archives.

13 juin 2005. C'était la troisième fois que Rachid Taha se produisait à Beyrouth; cette fois, il inaugurait une série des concerts baptisés "Cabaret du monde" (présentés par Eléftériadès et la Mission culturelle française au Liban, grâce à la collaboration de l'Afaa, Association française d’action artistique).
Lisez le compte-rendu de son concert ici ("The last rock 'n' roll hero", en anglais)! Un autre (avec des morceaux d'interviews; en français) se trouve à http://www.lorientlejour.com/: "Rencontre – Il a donné hier le premier des concerts « Cabaret du monde » au Music Hall« Tékitoi » ? Mais c’est Rachid Taha ! " par Zéna ZALZAL.
Nous y apprenons qu'il se produit au Moyen Orient surtout grâce à l’aide d’organismes comme l’Afaa (cité plus haut) et qu'il trouve que Britney Spears, "à laquelle la femme arabe s'entête à ressembler", est "moche comme un pou", que lui est "Algérien pour toujours et Français pour tous les jours", qu'il a la nostalgie de l'époque andalouse où l'on traduisait des centaines de livres par an et qu'il regrette que les chanteurs orientaux manquent de créativité et d'infrastructure pour leurs concerts . Le journaliste conclut sur un: "Voilà Rachid Taha. Un chanteur d’une saine colère. Pourfendeur de toutes les fausses traditions." Malheureusement il me semble que l'article est payant: je ne peux donc que vous dire d'aller le rechercher dans les archives du site lorientlejour.

kelma

Saturday, June 11, 2005

Exclusive article on the Festival Art Rock de St-Brieuc

Festival Art Rock de St-Brieuc (France).

The concert as if you were there and the interview carried out by Ray Cokes for France4 / Le concert, comme si vous y étiez (ou presque ...), suivi de l'interview réalisée par Ray Cokes pour France4.

An article written in exclusivity by marie (who watched the concert and the interview for us on TV) for the tahafanblog / Un article écrit par marie (qui a regardé le concert et l'interview à la télé rien que pour nous) en exlusivité pour le tahafanblog.

"France 4 était en direct de St-Brieuc ce samedi 4 juin. Et Rachid Taha faisait bien entendu partie de l'affiche du Festival Art Rock.
Devant une foule qui a véritablement fait écho au dynamisme du groupe, il a interprété 3 morceaux dont le succès de son dernier album « Tékitoi » : « Rock El Casbah ».
« Habina » a ouvert la prestation scénique. Rachid était « monochrome », tout en noir, les lunettes, le pull, le pantalon de cuir ... L'ambiance était, comme à l'accoutumée, très festive! Quel farceur ce Rachid : tellement ému qu'il en a perdu le fil des paroles ...Mais tout est vite rentré dans l'ordre ...
L'interprétation plutôt « rock » laissait la part belle à la guitare et au luth. Ce soir-là, ce n'était pas Hakim, mais Medhi qui officiait. « C'est un autre style, un autre luth. Il joue avec des pédales pour colorer son son et c'est très original, en restant traditionnel », comme l'explique Noël, le guitariste du groupe.
Avant d'interpréter la chanson suivante, Rachid s'est adressé à la foule, tel le porte-parole de José Bové. Il a parlé de « poulets sacrificiels », « ...pas des poulets qu'on peut trouver chez Leclerc ou Carrefour... ». « ...C'est un poulet qu'on pourrait trouver en Bretagne, parce qu'il paraît qu'en Bretagne, y'a de l'espace, et qu'on peut élever les poulets en plein air ... ». Le public, sûrement en majorité breton ???, était ravi!
Changement de sujet : on passe des « poulets » au « rock »! Rachid présente la chanson suivante « Rock El Casbah » en précisant que c'est bien entendu un hommage à Joe Strummer. Mais il ne s'arrête pas là. Non, cette chanson c'est aussi « ... une réponse aux G.I.... » Oh la la! Une vague de protestation semble s'élever sourdement du public... Et là Rachid d'ajouter : « Hé, taisez-vous! Si vous ne voulez pas faire de politique, c'est pas avec moi, OK ? » Et vlan!!! Silence dans la foule ... Et il enchaîne « ...il faut dire les choses ... », « ...les G.I. pendant la première guerre du Golfe s'en sont servis pour attaquer l'Irak, et moi, 20 ans après, je voulais faire une espèce de « Douce France » pour les américains, lalala ... ». Et il termine en apothéose : « ...parce que la bombe de destruction massive, elle est là, baby ... ».
« Rock El Casbah », c'est la symbiose totale entre le groupe et le public, déchaîné! La version CD s'est enrichie, ce soir-là, de riffs improvisés à la guitare et au luth! Puis ...déjà...les dernières notes ...Le groupe repart calmement en coulisses.
Mais le public en veut encore!!! Alors ils reviennent tous sur scène, et le son du derbouka se fait entendre ...Rachid (l'autre bien sûr), interprète les premières mesures de « Garab ». Yves (aux claviers), entonne les « Garab, garab » d'une voix très grave.Rachid s'adresse à nouveau au public, en parlant de cette chanson : « ...je vais l'adapter pour vous ce soir ... » « ...je suis le Docteur de St-Brieuc, ce soir ... » et il présente un à un ses « musiciens-médecins », en commençant par Noël Delfin, à la guitare. Idriss Badarou, lui, (le bassiste) est, selon les paroles de Rachid :
« ...l'un des plus grands psychiatres d'Afrique...parce que Freud n'a fait qu'imiter les Africains, les sorciers, les chamans ... ».
« Garab » clôturera leur passage sur la scène du Festival. Juste avant que le tempo ne s'emballe, Rachid ne manque pas de crier au public : « ...aie aie aie, ça va péter le feu, là!... ». Et le feu, Rachid et son groupe l'ont allumé ce soir-là!!!
C'est à genoux, sur la scène, qu'il terminera dans une « douce transe », avant de rejoindre définitivement les coulisses...


Interview de Rachid Taha par Ray Cokes.


Quelques instants plus tard, Rachid va rejoindre Ray Cokes, qui l'attend dans la caravane de France 4 pour une interview.
Un autre chanteur est déjà là : Stephan Eicher. Rachid arrive, heureux, mais un peu épuisé quand même, il a encore sa serviette sur les épaules.
Les deux artistes sont visiblement heureux de se voir.
Rachid nous apprend qu'ils se sont connus aux « Nuits Bleues », un festival qui s'est tenu à Villeurbanne, près de Lyon, au théâtre du 8ème, il y a une bonne vingtaine d'années, et dont le Directeur n'était autre que Jérôme Savary.
A Ray Cokes qui lui demande s'ils ont déjà joué ensemble, Rachid répond : « on s'aime trop pour jouer ensemble. » et Stephan Eicher ajoute : « C'est vraiment une amitié d'enfance ... ça me ferait un peu peur de briser un truc qu'on a entre nous.... Il était encore dans Carte de Séjour. C'était pas « Rachid Taha ». On a eu plein d'amis ensemble qui sont disparus... on était longtemps sous le même label ».
Rachid évoque également son manager de l'époque, qui est devenu ensuite celui de Rodolphe Burger, de Kat Onoma. Rodolphe Burger qui a, comme lui, habité Ste-Marie-aux-Mines, en Alsace.
Stephan Eicher en profite pour parler gastronomie régionale et demande à Rachid :
- « Comment tu fais la choucroute, toi ? »
- « Je ne fais pas de choucroute, moi. », lui réplique Rachid.
Rassurez-vous, Ray Cokes ne s'est pas transformé en Maïté de service ... La discussion reprend un ton plus musical.
Rachid nous parle de sa prestation de ce soir, et précise qu'il est un peu fatigué parce qu'ils ont fait pas mal de dates ces temps-ci.
Il rappelle les deux concerts de Moscou et St-Pétersbourg, qui se sont faits avec Brian Eno, et Steve Hillage. Surprise de Ray Cokes qui croyait que Brian Eno n'avait participé qu'à l'enregistrement de l'album « Tékitoi ». Rachid renchérit, très fier d'annoncer, en direct, que Brian Eno a refusé de nombreux groupes parce qu'il voulait : « chanter avec Rachid Taha ». Puis il évoque son récent duo avec Robert Plant (un ex-Led Zep) et annonce sa collaboration future avec une grande du rock : « Patti Smith », le 17 juin prochain. Ray Cokes et Stephan Eicher, verts de jalousie, ne se sont pas privés de lui dire. Mais la décence m'interdit de vous retranscrire ici le qualificatif qu'ils ont employé à son égard. Pssst, ça commence par un « S » et ça finit par un « D ». A vous de trouver!!!
Il explique ensuite la façon dont son dernier album a été conçu. Il précise que c'est Steve qui joue à la guitare, et qu'il s'est occupé des « trucs orientaux ». Lui, s'est réservé la partie guitares. Pour lui, c'est plus intéressant de procéder de cette façon, parce que ça apporte un « regard extérieur » sur la musique. Il nous rappelle au passage, qu'il a grandi avec Elvis, Bollywood, Bourvil, Francis Blanche, Peter Sellers : toute une époque!!!
Ray Cokes flatte sa reprise de « Rock the Casbah ». Lui se souvient l'avoir entendu à l'époque où il suivait la mode « punk », alors qu'elle était interprétée par les légendaires Clash. Il lui demande si il la chante dans les pays maghrébins. Ce que Rachid acquièsce bien sûr, ajoutant même au répertoire « Safi » et « H'asbu-hum », qui sont selon lui des « manifestes très politiques ». Il précise qu'il a joué en Egypte, Jordanie, au Maroc. Lorsqu'il a joué à Fès, il y avait 800 personnes dans la salle, et 3 000 dehors. A chaque fois, il ressent ça comme une « douleur » et s'offusque du manque de liberté de la presse, et de pensée. L'optimisme s'en est allé loin de lui : « moi, je suis vachement pessimiste par rapport à ces pays-là! », ajoute-t-il.
Finalement Ray Cokes lui demande si on peut changer quelque chose avec la musique. Rachid dément totalement . L'animateur revient à l'attaque en disant qu'on peut « peut-être changer le monde ?... » . Mais Rachid reste catégorique, conforté d'ailleurs par Stephan Eicher qui fait le même constat amer : « la musique, le cinéma, le théâtre, ne changent rien, les livres, oui..???. »
L'interview se terminera par une note plus « légère », Rachid se demande, surpris, pourquoi le portrait de David Hasselhof, l'ex-sauveteur de Malibu, trône sur le bureau. S'ensuit une discussion, comme on peut en entendre dans les cours de récréation, entre des gamins :
« ah oui, K2000!», répond-il à Stephan Eicher qui lui demande s'il connaît sa musique. « Oui, la voiture qui parle! », renchérit ce dernier qui brandit la photo et proclame, ironiquement : « ça va être le Président de l'Amérique, bientôt ... parce que sa musique a changé le monde!!! ».

Info : site du Festival : http://www.artrock.org/ (voir dans la galerie, photo 17) et plein de photos ici/here! "


An ooold pic of Ray Cokes

FOR TRANSLATION INTO OTHER LANGUAGES GO HERE.

Tuesday, May 31, 2005

Article Libé sur le concert de Fès

I'm back!... with much stuff ... I'll have to give you drop by drop... I'm beginning with one link to another review of Rachid's concert in Fèz by Yassine Azmi (in French, Libération). Thanks roso!

J'suis de retour avec des p'tits trucs que je vais devoir vous donner un peu à la fois... Commençons avec ce lien qui contient un compte-rendu de plus sur le concert de Rachid à Fès par Yassine Azmi (en français; Libération). Merci roso!

kelma

Friday, May 13, 2005

Rachid a chanté avec Plant à Trafic!

Hier soir Rachid Taha, en parfaite tenue mixée zootsuit-ska, était l'un des hotes de Trafic, l'émission musicale présentée par Guillaume Durand (Campus) sur France 2.


Guillaume Durand for Trafic

Guillaume Durand

Les invités, qui tous chapeautaient le thème du "blues, racines du rock" - de Louis Bertignac, (l'ancien de Téléphone et donc un membre de "la génération Clash"... comme l'a dit Durand annonçant "qu'il allait ainsi mettre les pieds dans le plat" au moment où il a accueilli Rachid), à Robert Plant ou encore au chanteur flamand Arno - étaient encadrés de bons documentaires sur, par exemple, Lou Reed et Bo Diddley..., de quelques anecdotes amusantes notamment sur Marvin Gaye (Arno aurait été son cuisinier pendant un an) et de, selon la tradition de l'émission de nombreux morceaux live: rien à dire, Rachid, qui a interprété son "Rock el casbah"- vu la soirée, la chose prenait une certaine valeur métaphorique -, devait vraiment etre aux anges et ça se voyait!


Robert Plant

Robert Plant

L'émission a été aussi l'occasion pour le protagoniste de "Tékitoi?" (son dernier album) de développer sa propre exégèse musicale synchrétique tout à la fois par rapport à son producteur de toujours, Steve Hillage: "Un grand philosophe, un grand guitariste qui parle anglais de droite à gauche", et par rapport à son orientation musicale:" (Que les riffs soient proches du rock), c'est un pléonasme: les riffs sont Nord-Africains, et Africains". Rachid a jeté par ci par là des bribes de son encyclopédie musicale personnelle, comme au sujet de Led Zeppelin, ex-groupe de Robert Plant avec qui il a chanté en duo sur le générique de fin:"c'est un théoriste de la musique, quelqu'un qui a compris l'Afrique, le blues et les Arabes, Che Gevara mélangé à Gandhi". En 2004, Robert Plant s'était produit au "Festival du Désert" (le DVD est sorti) avec entre autres, les Tinariwen, compagnons de tournée de Rachid avec les African Sound Rebels en février de cette année en Grande Bretagne: ceci est l'un des deux liens que l'émission est parvenue à établir entre le rockeur algéro-français et le rockeur anglais, le second étant le profond intéret que tous deux partagent pour les cultures musicales africaines et orientales en tant que lieux de pélerinage du rock et du blues.

DvD Festival du DéSert

Le DVD Festival in the desert

Kelma (some rights reserved)

Monday, May 09, 2005

Rachid in Fes (Morocco) May 11th with a conference on darja pure rock!

menara.ma announces Rachid's concert in Fez (Morocco**) on May the 11th with a nice article and a conference "around" him by sociolinguist Dominique Caubet (the translator of his songs on Tekitoi) at the Institut Français the day before: "darja* pur rock". The original article (in French) follows, with, below, our translation into English.

menara.ma annonce le prochain concert de Rachid à Fès (Maroc**) le 11 mai avec un bel article ainsi qu'une conférence "autour de" l'artiste par la sociolinguiste Dominique Caubet (la traductrice de ses chansons sur Tekitoi) à l'Institut Français le jour avant: "darja* pur rock".

"CONCERT DE RACHID TAHA à Fès : Mercredi 11 mai 2005, 19h30, Collège La Fontaine.

Rachid Taha est surtout connu sur le plan international pour sa reprise du titre de Dahmane El Harrachi, Ya rayah, chanson du chaâbi algérois ou pour sa participation au mythique 1, 2, 3 soleils, avec les chanteurs de raï Khaled et Faudel.Mais le réduire au raï, serait faire abstraction de ses débuts en 1981, avec Carte de Séjour, groupe de rock français qui avait une particularité : ils chantaient en arabe, plutot dans un mélange de darija et de français ! Ils se situaient dans la lignée de Téléphone, Starshooter, et marquaient les débuts de l'époque du rock métissé français, avec le premier groupe de Manu Chao, Sapho, Elli Medeiros… la France chantait dans des langues autres…

Depuis, Rachid Taha a fait figure de pionnier, inventant des fusions inédites entre des musiques populaires du Maghreb, le chaäbi, le bedwi (ancêtre du raï) et le rock, le blues, ou la house music…Son dernier album, Tékitoi, est carrément rock : outre son complice de toujours Steve Hillage, ce n'est autre que Brian Eno (de Roxy Music, producteur de David Bowie) qui, après avoir participé au titre Dima, a joué sur scene avec Rachid à Paris ou en Russie…. Faudrait-il que Rachid passe par la case Angleterre pour obtenir enfin son certificat de rocker français ? L'esprit de révolte est aujourd'hui quelque chose qui manque cruellement à la chanson française. Heureusement, il y a Rachid Taha qui, lui, continue à gueuler pour secouer les conformismes, le racisme, et toutes les formes d'exclusion. Le tout sur une musique inventive qui apporte un métissage très particulier, à nul autre comparable. A tous les niveaux, Taha dérange. Et c'est tant mieux Fidèle à lui-même et provocateur, le plus libre des chanteurs arabes en France dénonce sans concession une société où l’oppression et l’exclusion sont désormais quotidiennes pour les plus démunis. Plein de poésie et d’humour, son nouveau titre est un mélange de genres. Rock, musiques traditionnelles arabes et électro sont toujours présents dans sa musique.

"Tekitoi ?" Le rocker, toujours un peu "destroy", sort un nouvel album en septembre 2004 intitulé de façon lapidaire, "Tékitoi ?". Enregistré entre Paris, Londres et Le Caire, il est produit par le compagnon de longue date, l'Anglais Steve Hillage. Toujours aussi percutant, Rachid Taha évoque dans ses chansons les maux du monde actuel, la corruption, la guerre, le racisme, etc. Mais les questionnements plus personnels viennent aussi ponctués ce disque. Des collaborations aussi prestigieuses que celles de Brian Eno ("Dima !") ou Christian Olivier des Têtes Raides ("Tekitoi ?") viennent donner une dimension cross-over à l'ensemble. A noter aussi un hommage à Joe Strummer des Clash avec le titre "Rock El Casbah" que Rachid Taha interprète avec pertinence. Rachid Taha reprend ensuite une série de concerts à travers la France. Si Rachid Taha montre parfois un profil de provocateur, élevant souvent la voix contre l'intolérance et le racisme, il fait désormais partie intégrante de la culture métissée française. Il en est même un pionnier.

L’Institut Français de Fès célèbre la venue de Rachid Taha. Dominique Caubet donnera une conférence autour Rachid Taha : Darija pur rock (made in France) le mardi 10 mai 2005, à 18h, à la Médiathèque de l’Institut Français."
M.D.

"CONCERT OF RACHID TAHA in Fez : Mercredi 11 mai 2005, 19h30, Collège La Fontaine.
"At the international level, Rachid Taha is known most of all for his reprise of Dahmane El Harrachi’s Ya Rayah, a song of the famous Algiers chaabi genre, and for his participation in the legendary 1 2 3 Soleils concert with the rai singers, Khaled and Faudel. But to reduce him to rai, would be to disregard his debut in 1981 with Carte De Sejour, a French rock group that had a peculiarity ~ they sang in Arabic rather than in a mix of Darija and French. They were placed as the descendants of Telephone, Starshooter and marked the debut of the French “metisse” (interbred) rock period, with the first group of Manu Chao, Sapho, Elli Medeiros... France was singing in other languages.
Since then, Rachid Taha has become a pioneering figure, inventing an unknown fusion between the popular music of the Maghreb, chaabi, bedwi (ancestor of rai), rock, blues, or house music. His latest album, Tekitoi?, is full-on rock; as well as his constant collaborator, Steve Hillage, no other than Brian Eno (of Roxy Music and producer of David Bowie) who after having participated in the track,Dima, has played on stage with Rachid in Paris and in Russia..... Was it necessary for Rachid to go through England to get his licence to rock at last? The spirit of revolt is something sadly lacking today in French music. Happily, there is Rachid who himself continues to give voice to shake up the conformists, racism and all forms of exclusion. The whole is an inventive music that carries a particular mix that is comparable to no other. At all levels, Taha disturbs. And it is all the better. Faithful to himself and provocative, the most liberal of Arabic singers in France, he denounces without exception a society where oppression and exclusion is an everyday occurrence for the powerless. Full of poetry and humour, his new CD is a mix of genres. Rock, traditional Arabic music and techno are always present in his music.
Tekitoi? The rocker, always a little “destroy”, released a new album in September 2004, titled in a terse fashion -Tekitoi?. Recorded in Paris, London and Cairo it is produced by his long-term English collaborator, Steve Hillage. Always incisive, Rachid Taha evokes the evil of the world of the present day, corruption, war, racism, etc. But personal questions also punctuate the CD. Also prestigious collaborations such as those of Brian Eno (Dima!) or Christian Oliver of Tetes Raides (Tekitoi?), bringing a cross-over dimension to the band. Also of note is a homage to Joe Strummer of The Clash, with Rock The Casbah, that Rachid interpretes with pertinence. Rachid Taha then gets back on the road with a series of concerts across France. If Rachid Taha sometimes takes on the profile of a provocateur, often raising his voice against intolerance and racism, from now on he is integrated into the French “metisse” culture. It is in this he is a pioneer.
The French Institute of Fez celebrates the visit of Rachid Taha. Dominique Caubet will give a conference about Rachid Taha; Darija pur rock (made in France) Tuesday 10th May 6.00pm at the Multimedia library at the French Institute.
M.D. "
Translation by Yvonne.

notes by kelma:
*darja (darija) is the North African dialectal Arabic: here is a nice site in English by an Algerian-American student with much info on Algerian language./la darja (darija) est le nom qu'on donne à l'Arabe nord-africain dialectal. Voici un chouette site réalisé par un étudiant algéro-américain sur la langue algérienne.

**He will be tomorrow the 10th of May at the hand ball Bir Anzarane stadium of Kenitra and the 14th of May at the Cultural Centre Zaf Zaf in Casablanca./ Il sera aussi demain le 10 mai au terrain de Hand-ball Bir Anzarane de Kenitra. Le 14 mai au complexe culturel Mohamed Zaf Zaf à Casablanca.


kelma

Sunday, April 24, 2005

2004 Le Monde Khaled Review

Thanks roso for this forgotten review of Khaled's latest album with some hint at Rachid and some interesting perspective on today's raï music by V.Mortaigne.
Merci roso pour ce compte-rendu oublié du dernier album de Khaled où l'on trouve une courte allusion au travail de Rachid et une perspective intéressante sur la musique raï d'aujourd'hui par V.Mortaigne.
"Sélection CD « Ya-Rayi » ou Khaled effacé
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.09.04
RAÏ
En 1998, le label Universal lançait 1, 2, 3 Soleil, un concert puis un disque rassemblant les trois « ténors » d'un genre prometteur, le raï. A l'issu du concert, personne n'aurait parié une cacahuète sur l'avenir musical de Rachid Taha, passablement effondré, déraillant et abusif, mais celui de Khaled, la voix en or du raï moderne, et celui de Faudel, jeune premier du genre dans son versant le plus variété française, semblaient assurés.
Six ans plus tard, Rachid Taha a toujours la voix au plus bas, mais il est à son summum artistique. Tekitoi ?, son nouvel album à paraître fin septembre, très rock, est un mariage réussi, énergique, entre deux continents musicaux. Mais Faudel s'est perdu et Khaled s'est absenté.

Taha par Richard Dumas 5


Car Ya-Rayi, le dernier opus très attendu de l'homme qui a imposé le raï aux oreilles vierges de cette pop oranaise héritée des cheikhates du bled, est scandaleusement pâlichon. A quoi sert de regrouper des grands noms de la production musicale (Don Was, Philippe Eidel), d'embaucher un grand pianiste du monde arabo-andalou, Maurice El Medioni, un orchestre de châabi algérois, un autre venu du Caire avec section de cordes au grand complet, à quoi sert de convoquer le joueur de cornemuse Eric Montbel, le rappeur Immotep (de IAM) en super remixeur, ou encore le guitariste de Kassav', Jacob Desvarieux ? A rien, car, dans tout ce joli tintamarre, manque l'acteur principal.
Que Khaled ait perdu ses capacités vocales, qu'il avait amples et fortes, n'est pas ce qui déroute le plus. Des artifices de studio, des techniques de chant indiquent souvent le moyen de sortir de ces impasses, proportionnées par l'âge ou encore des abus de cigarettes, de whisky ou assimilés. Ce qui dérange dans ce Ya-Rayi, c'est la transparence de Khaled, à la traîne, démotivé, habillé d'orchestrations vigoureuses qui finissent par devenir insupportables à force d'être efficaces alors que son objet principal ne l'est pas.
Un peu flamenco, bêtement dance, Yema Yema confine au pire. Comment freiner les joyeux lurons qui voudraient faire danser au soleil un Khaled qui ne pense qu'à rester planqué à l'ombre ? Essoufflé dans une course qui ne le concerne pas, Khaled retrouve un semblant de paix en revenant à ses classiques ( El-H'mam, du traditionnel El Hadj Mohamed El Anka). Un instant repris dans H'Mama (Rabah Deriasa/Blaoui Houari), le cours du fleuve Khaled est débordé par les digues de sécurité imaginées par les producteurs.
C'est Cheikha Rimitti, la déesse du raï traditionnel, qui doit bien rire. Voilà un certain temps que cette grande dame de la tradition oranaise prédit la chute des chebs vaniteux, des jeunots piqueurs de traditions, et qui n'ont plus su écouter le son profond de la flûte de bambou et les incantations chamaniques des tambours du raï.
Khaled laisse un panorama en forme de morne plaine : ce Cheb à la voix sublime, qui jouait une musique inattendue, envoûtante et moderne avec le trompettiste Safi Boutela au milieu des années 1980, a accepté les fleurs du succès occidental, en flirtant avec Jean-Jacques Goldman, en associant son large sourire à Didi ou Aïcha. Puis il a fait ce qu'on lui a dit de faire, du français, du reggae, de l'arabo-andalou, sans plus se demander qui il était.
Ya-Rayi signe l'échec de la politique commerciale de maisons de disques qui cherchent à fédérer pour vendre au plus grand nombre sans toujours ausculter l'épaisseur d'un artiste. L'artiste en question, qu'on entendra à l'occasion à l'accordéon, n'a pas non plus défendu ses propriétés privées. Le Guinéen Mory Kanté, gros succès de vente à la naissance de la catégorie world music, au début des années 1980, a vécu pareille aventure déstructurante.
Mais dans le cas Khaled, s'ajoute la déroute de la musique maghrébine dans le commerce occidental. L'appétit du public s'est amenuisé. Peut-être parce que la musique aussi est soumise à la loi des cycles. Peut-être parce que le raï, qui en était la tête de pont, s'est par trop dénaturé. Peut-être enfin pour des raisons politiques, le monde arabe enflammé par la guerre a cessé de faire rêver."
Véronique Mortaigne
(attention cet article provient du journal Le Monde et est protégé par un copyright).

Monday, April 18, 2005

Grenay concert exclusive review


Marie (thaaaanks!) is sending us her review of the Grenay (France) concert on the 8th of April. And there are photos too: here!
Marie (mer-ci!) nous envoie son compte-rendu du concert de Rachid à Grenay le 8 avril. Et il y a des photos aussi: ici!


Rachid à Grenay.

"Vendredi 8 Avril - Grenay, une petite ville du bassin minier dans le Pas-de-Calais, accueille ce soir-là, Rachid Taha, dans le cadre du Festival "Les Enchanteurs". C'est la première fois que je vais assister à un concert de Rachid : j'ai le coeur qui bat la chamade ... Le public est là, il attend ...La salle est de taille idéale, pas trop grande. Il n'y a pas de chaises : au moins ça permet au public de bouger et de danser aisément!
Il est presque 21 heures ... Les musiciens commencent à s'installer sur la scène très faiblement éclairée. Puis ... tout à coup ...le voilà!!!! ... Rachid fait son entrée sur scène, tout de cuir noir vêtu. Il porte un béret (pour celles -ou ceux, pourquoi pas- que ça intéresse, il avait le même collier que lorsqu'il est passé chez Ardisson). Enfin!!! me suis-je dit. Depuis 3 ans que je ne le voyais que par le biais de photos, de vidéos, il était enfin là, en chair et en os, devant moi! Il m'a fallu un moment pour réaliser quand même ... J'avais réussi à me faufiler jusqu'au 3ème rang devant la scène, presqu'en face de l'artiste. J'avais une parfaite vue de l'ensemble du groupe, et le son était impeccable!
C'est le magnifique "Yamess" qui a ouvert la soirée : déjà à ce moment-là, nous étions transportés à mille lieues de la salle ... Et le dépaysement a continué avec "Nokta", s'est prolongé avec "Shuf" que je considère personnellement comme "le petit bijou" de l'album. La "tracklist" était un habile mélange de chansons du dernier album (Mamachi, H'asbu-hum, Safi, Shuf, Tékitoi, Rock El Casbah) et d'autres plus anciennes : "Ida" (là, le public était survolté), tout comme lorsque le groupe a entonné les premières mesures de "Bent Sahra" et de "Rock El Casbah". Le classique "Ya Rayah" a fait bouger les plus récalcitrants, une charmante demoiselle est même venue danser sur scène, aux côtés de Rachid. Il nous a aussi magnifiquement interprété "Barra barra", "Kelma" (version très rock), "Medina" (qui a transformé la salle en dance-club), "Habina" (en version plus rapide que la version traditionnelle).
Vers la fin du conhcert, Rachid a lancé au public : "maintenant, c'est à la carte!". Alors, ça fusait de toutes parts : "Abdelkader!", "Voilà!Voilà!", "Douce France!", "Zoubida!" ... Mais Rachid nous a servi la suite du "menu du jour" : Yves (habituellement aux claviers) est arrivé sur le devant de la scène, et tous deux se sont prêtés au jeu de "ping-pong" de "Tékitoi" : c'était super!
Il y a eu un très bon feeling entre Rachid, son groupe (toujours très complice!), et le public!!! Les youyous de la salle faisaient écho à la voix de Rachid et à la musique! C'était comme une grande fête de famille, rassemblant plusieurs générations! Dans les premiers rangs, une dame lui faisait penser à sa mère, nous a-t-il dit plusieurs fois. Il y avait aussi des enfants, qui avaient l'air de passer un bon moment, dansant et frappant dans les mains. A un moment d'ailleurs, Rachid s'est adressé à eux, façon Jacques Martin dans "L'Ecole des Fans" (pour celles et ceux qui s'en souviennent) : "Et il est où ton tonton, ...?".
Les chansons ont été entrecoupées de petits apartés, comme il en a l'habitude, rappelant parfois l'actualité. Il a entre autres parlé du Pape. A son propos, il a dit que malgré sa prise de position contre le préservatif ..., "c'était quand même un pape intéressant". On a aussi eu droit à quelques bons jeux de mots dont il est friand et que le public appréciait visiblement. Je vous passe les "Coran alternatif" et autres, que les fans connaissent déjà. Ce soir-là, j'ai découvert le "Couscousclan". Rachid nous a également dit : "Ici, c'est les mines et une nuits!". Avec une phrase comme-ça, c'est sûr, on ne regardera plus le paysage avec les mêmes yeux. C'est comme si, d'un coup de baguette magique, les corons, les terrils ... étaient devenus "palais des 1001 nuits"!!! Un "Enchanteur", vous dis-je !!!...........
Un peu plus tard dans la soirée, pour la plus grande joie des fan(e)s, Abdel (le batteur), qui devait sûrement avoir très chaud, a ôté sa chemise. Woaw!!! Mais Rachid, lui, n'a ôté que son béret . Dommage!!! Pourtant il y avait une sacrée chaleur dans la salle, dans tous les sens du terme!!!
C'était la première fois que je voyais Rachid sur scène, ce soir-là, et je dois dire que j'en ai pris plein les yeux et les oreilles! Ça a vraiment été 2 heures magiques!!!!!!!!! Pour le plus grand plaisir de toutes, et de tous, Rachid s'est transformé, le temps d'une soirée en un adorable "Merlin" ....."L'Enchanteur" bien sûr!!!

marie (some rights reserved)"

Recent photo by Sherif Sonbol from Rachid's concert in the MiddleEast
Not a pic from Grenay, but a beret photo for sure!
P'têt pas une photo de Grenay, mais une photo de beret c'est sûr!

kelma